Pourquoi je pose autant de questions

Juillet 2026 - Les nouveaux amis de mes enfants arrivent toujours avec un avertissement

Mes enfants trouvent cette situation très gênante. Chaque fois qu’une nouvelle amie, un nouveau chum ou une nouvelle blonde franchit le seuil de la maison pour la première fois, un avertissement précède presque toujours la rencontre. « Prépare-toi. Ma mère pose énormément de questions. » À les entendre, les premières minutes ressemblent à un interrogatoire digne d’une série policière. Ils savent déjà que la conversation sera longue et que je finirai par apprendre une foule de choses sur cette personne. Probablement plus qu’eux n’en savent encore à ce moment-là.

Ils ont raison et j’en suis fière : je pose beaucoup de questions. J’en ai toujours posé. Je n’ai jamais cherché à changer cette facette de ma personnalité, parce qu’elle ne traduit ni de la méfiance ni un besoin de tout savoir. Elle exprime exactement le contraire.

Une première évaluation qui disait déjà tout

Je me souviens encore de mon premier emploi étudiant. Le jour de mon évaluation de rendement, la responsable des ressources humaines avait soigneusement préparé sa rencontre. Après quelques minutes, elle s’est arrêtée, m’a regardée en riant et m’a lancé : « Guyane, je n’ai jamais vécu ça. Tu m’as posé plus de questions que je n’ai eu le temps de t’en poser et c’est censé être TON évaluation. »

À l’époque, j’y voyais une anecdote amusante. Aujourd’hui, j’y vois un trait de personnalité qui a façonné ma façon de travailler, d’enseigner, d’accompagner les organisations… et même d’entrer en relation avec les autres.

Derrière chaque question se cache une intention

Lorsque je rencontre quelqu’un, je ne cherche pas à me faire une opinion le plus rapidement possible. J’essaie plutôt de suspendre mon jugement le temps de découvrir la personne qui se trouve devant moi. J’ai envie de savoir ce qui la passionne, ce qu’elle étudie, ce qui l’anime, les projets qui l’enthousiasment ou encore les allergies alimentaires dont je devrai tenir compte si elle revient partager un repas chez nous.

Toutes ces questions poursuivent un seul objectif : créer un lien.

Une personne qui sent que l’on s’intéresse sincèrement à elle s’ouvre davantage. Elle se sent accueillie. Elle comprend rapidement qu’elle a sa place. La confiance prend souvent naissance dans ces moments qui semblent anodins, alors qu’en réalité, ils jettent les bases d’une relation qui pourra grandir avec le temps.

Il y a d’ailleurs quelque chose qui surprend souvent les personnes qui me rencontrent pour la première fois. J’aime beaucoup plus écouter que parler de moi. Je préfère découvrir le parcours de l’autre, comprendre ce qui l’habite et saisir ce qui compte réellement à ses yeux. Lorsque je partage une expérience ou un conseil, c’est presque toujours pour créer un lien avec ce que cette personne vient de me raconter, jamais pour ramener la conversation vers moi. Au fond, c’est exactement ce que je recommande aux organisations que j’accompagne : avant de chercher à faire entendre leur voix, elles gagnent à écouter sincèrement celles des personnes avec lesquelles elles souhaitent bâtir une relation durable.

Je travaille exactement de la même façon

Avec les années, j’ai réalisé que j’abordais les organisations comme j’accueille les nouveaux amis de mes enfants.

Je pose beaucoup de questions.

Je veux comprendre leur histoire, leur culture, leurs défis, les décisions qui les ont façonnées, les relations qu’elles entretiennent avec leurs équipes, leurs membres, leur clientèle, leurs partenaires ou leur communauté. Je m’intéresse à ce qui les préoccupe, à ce qui les mobilise et à ce qui nourrit leurs attentes. Chaque réponse ajoute une pièce au portrait. Peu à peu, les enjeux deviennent plus clairs et les solutions prennent une tout autre profondeur.

Cette curiosité demande du temps. Elle ralentit parfois les rencontres et elle ne représente certainement pas l’approche la plus rentable lorsqu’on facture des heures de consultation. Pourtant, je continue de prendre ce temps. Je n’ai jamais vu une stratégie durable émerger d’échanges précipités. Les stratégies les plus solides prennent forme lorsqu’une organisation accepte d’abord de comprendre avant de chercher à convaincre.

La confiance aime les questions

Au fil de ma carrière, j’ai observé que plusieurs organisations consacrent énormément d’énergie à réfléchir aux messages qu’elles souhaitent transmettre. Elles investissent beaucoup moins de temps à découvrir les personnes auxquelles elles s’adressent réellement.

Pourtant, les parties prenantes ressemblent beaucoup aux nouveaux amis de mes enfants. Elles souhaitent avant tout être connues. Elles veulent sentir que leur réalité est comprise, que leurs préoccupations sont entendues et que leurs aspirations sont prises en considération. Cette connaissance ne s’improvise pas. Elle se construit grâce à une curiosité authentique, à une écoute attentive et à une volonté sincère de créer une relation avant même d’avoir quelque chose à demander.

C’est d’ailleurs cette conviction qui a progressivement donné naissance à ma réflexion sur les sept piliers de la confiance organisationnelle. Plus j’accompagne des organisations, plus je constate que les mêmes dimensions reviennent constamment. La cohérence entre les paroles et les décisions. La crédibilité qui s’appuie sur des preuves plutôt que sur des promesses. Une gouvernance qui laisse une place aux communications avant les décisions importantes. Des relations entretenues avec constance. Une expérience vécue qui confirme le discours. Une capacité à apprendre, à évoluer et à s’adapter. Enfin, une influence qui se construit dans la durée plutôt que dans la prochaine campagne.

Aucun de ces piliers ne peut exister sans une véritable curiosité envers les personnes. Sans cette volonté de comprendre avant d’agir. Sans cette capacité à poser des questions qui permettent d’aller au-delà des apparences.

Finalement...

Mes enfants continueront probablement d’avertir leurs nouveaux amis avant qu’ils franchissent la porte de la maison, aussi grands et adultes qu’ils deviennent. Ils seront encore gênés de recevoir leurs amis en disant que leur mère pose beaucoup de questions. C’est marqué dans le temps.

J’espère simplement que ces personnes repartiront avec une autre impression une fois avoir subi « mon interrogatoire » : celle d’avoir rencontré quelqu’un qui s’est véritablement intéressé à elles.

Au fond, chaque question porte le même message.

« Tu comptes. J’ai envie de comprendre qui tu es. »

Je crois profondément que les organisations gagneraient elles aussi à adopter cette posture envers leurs équipes, leur clientèle, leurs membres, leurs partenaires, leurs donateurs, leurs fournisseurs, les médias et l’ensemble de leurs parties prenantes. Une relation durable ne prend jamais naissance au moment où l’on cherche à convaincre. Elle commence lorsque l’autre sent qu’il est vu, entendu et compris.

Finalement, mes enfants avaient raison.

Je pose énormément de questions.

La confiance ne commence-t-elle pas souvent par une simple question?

Guyane Perron, PRP, est stratège en communication et relations publiques et fondatrice de Hiatus stratégie. Elle accompagne les organisations publiques, parapubliques, philanthropiques, communautaires et privées dans leurs enjeux de réputation, de mobilisation, de transformation et de communication stratégique. Pour la contacter, c’est ici.

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