Ce qu'il faut savoir abandonner
Juillet 2026 - L'illusion du contrôle
Pendant longtemps, j'ai associé la qualité d'une stratégie à sa capacité de prévoir l'imprévisible. Une bonne planification, des scénarios solides, une analyse rigoureuse et un suivi constant donnaient l'impression que chaque variable pouvait trouver sa place. Cette vision rassure. Elle offre un sentiment de maîtrise dans un environnement complexe.
Avec le temps, une autre réalité s'est imposée. La véritable compétence stratégique réside moins dans la capacité de tout prévoir que dans la lucidité d'accueillir ce qui échappe à nos scénarios. La stratégie devient alors un exercice d'adaptation plutôt qu'une démonstration de contrôle.
Lorsque le contexte change
Dans les organisations, les plus grandes difficultés proviennent rarement d'un manque d'efforts. Les équipes travaillent avec engagement, peaufinent les plans, raffinent les messages et investissent temps et énergie afin d'améliorer les résultats. Malgré tout, certains obstacles demeurent.
La raison est souvent simple : le contexte évolue. Les besoins changent, les attentes se transforment, les équilibres se déplacent. Une stratégie qui produisait d'excellents résultats hier peut perdre de sa pertinence aujourd'hui. La qualité du travail demeure intacte, alors que le terrain, lui, s'est complètement transformé.
Le deuil des anciennes stratégies
Cette réalité m'amène à réfléchir à une notion dont nous parlons très peu : le deuil des stratégies.
Chaque organisation développe, au fil du temps, des façons de faire qui deviennent presque des repères identitaires. Elles rassurent parce qu'elles ont déjà porté leurs fruits. Elles racontent une histoire de succès, d'efforts et de persévérance.
Pourtant, certaines stratégies accomplissent leur mission, puis atteignent naturellement leur limite. Les conserver à tout prix finit parfois par consommer davantage d'énergie que leur transformation. La question cesse alors d'être : « Comment faire fonctionner cette stratégie? » Elle devient : « Quelle nouvelle réalité cherche à émerger? »
Ce qui mérite notre énergie
Cette réflexion dépasse largement les organisations.
Il existe des périodes où l'on investit énormément d'énergie à réparer, convaincre, expliquer, attendre ou espérer un retour vers un équilibre connu. Ce mouvement est profondément humain. Il traduit souvent notre attachement à ce qui a déjà eu de la valeur.
Puis arrive un moment où une autre question s'invite : cette énergie construit-elle encore l'avenir ou entretient-elle surtout le souvenir de ce qui existait auparavant?
Cette question transforme tout.
Elle déplace notre attention de ce qui échappe à notre influence vers ce qui dépend encore de nos choix, de nos décisions et de notre manière d'avancer.
Accepter que le chemin change
En communication, nous accompagnons régulièrement des organisations qui vivent des transformations importantes. Fusion, restructuration, changement de direction, évolution des attentes citoyennes ou révision d'une mission : chaque transition oblige à abandonner certains repères afin d'en construire de nouveaux.
Cette étape suscite souvent une forme de résistance. Les anciennes habitudes procurent un sentiment de sécurité, même lorsqu'elles répondent de moins en moins aux besoins actuels. L'inconnu, lui, exige une confiance qui précède les résultats.
Les transitions humaines suivent souvent la même logique. Elles invitent à relire ce que l'on croyait immuable, à revoir certaines certitudes et à accepter que la suite de l'histoire emprunte parfois un itinéraire différent de celui que l'on avait imaginé.
Ce qui demeure
Lorsque certains repères disparaissent, une tentation surgit naturellement : chercher à retrouver exactement ce qui existait auparavant. Pourtant, la croissance emprunte rarement le chemin du retour. Elle ouvre plus souvent la porte à une nouvelle manière d'habiter la réalité.
Les organisations les plus résilientes cultivent cette capacité. Elles distinguent ce qui relève encore de leur responsabilité de ce qui appartient désormais au contexte. Elles réinvestissent leurs ressources dans ce qui crée de la valeur aujourd'hui plutôt que dans la recherche d'un passé idéalisé.
Cette posture demande du courage. Elle exige aussi beaucoup d'humilité. Car abandonner une stratégie ayant longtemps défini notre façon d'agir ressemble parfois à laisser partir une partie de notre identité.
Le courage de transformer
Au fond, la maturité stratégique consiste peut-être à reconnaître que chaque stratégie possède une durée de vie. Certaines ouvrent un chapitre. D'autres permettent de le conclure avec dignité. D'autres encore préparent silencieusement le suivant.
Cette idée vaut autant pour les organisations que pour les personnes.
Les plus grandes transformations commencent rarement par une réponse brillante. Elles débutent souvent par une acceptation lucide : celle qu'un chapitre s'achève, qu'un autre cherche déjà à prendre forme et que l'avenir demande parfois davantage de confiance que de contrôle.
Finalement, une stratégie représente beaucoup plus qu'un plan d'action. Elle reflète notre manière d'habiter l'incertitude. Et, bien souvent, la décision la plus stratégique consiste à libérer l'espace nécessaire pour permettre à une nouvelle histoire de s'écrire.
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Guyane Perron, PRP, est stratège en communication et relations publiques et fondatrice de Hiatus stratégie. Elle accompagne les organisations publiques, parapubliques, philanthropiques, communautaires et privées dans leurs enjeux de réputation, de mobilisation, de transformation et de communication stratégique. Pour la contacter, c’est ici.
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