Les communications relations publiques ne sont pas un métier fourre-tout

Avant-hier, je suis tombée sur une offre d’emploi sur LinkedIn pour un poste de conseiller.ère en communications internes. Le partage commençait par : « Amis journalistes, vous aimez les récits… »

J’ai arrêté ma lecture là.

Le problème dans ce que j’ai lu n’est pas le journalisme. Le journalisme est une profession essentielle qui travaille en complémentarité avec les professionnel.le.s des relations publiques depuis la première heure. Les journalistes et les relationnistes publics occupent des rôles différents, mais profondément interconnectés dans l’écosystème informationnel et démocratique. Les journalistes documentent, questionnent, enquêtent, contextualisent et rendent l’information accessible au public. Ce sont des partenaires de première ligne.

Les professionnel.le.s des relations publiques, de leur côté, accompagnent les organisations dans la gestion de leurs relations avec leurs parties prenantes, dans la gouvernance de leur parole, dans l’analyse des risques, dans la cohérence stratégique et dans la circulation responsable de l’information.

Et justement parce que les professions sont complémentaires, elles méritent aussi d’être reconnues pour leurs expertises distinctes. La complémentarité ne signifie pas l’interchangeabilité.

Le problème dans ce que j’ai lu de cette publication, c’est plutôt que cette phrase révélait quelque chose de beaucoup plus large et profondément ancré dans plusieurs organisations : cette idée persistante selon laquelle tout le monde peut faire des communications et des relations publiques. C’est un métier fourre-tout.

  • Comme si la profession reposait principalement sur une capacité à parler, écrire ou publier du contenu.

  • Comme si les communications internes étaient essentiellement une fonction narrative.

  • Comme si raconter une histoire suffisait pour accompagner des humains à travers des transformations, des tensions, des crises, des réorganisations ou des périodes d’incertitude.

Je ne demanderais pas à mon ostéopathe de faire mon renouvellement hypothécaire. Même si cette personne est brillante. Même si elle possède une excellente écoute. Même si elle sait analyser une situation complexe. Parce qu’il existe des expertises professionnelles distinctes.

Les relations publiques — et les communications internes en font pleinement partie — constituent une discipline stratégique à part entière. Et cette distinction est loin d’être symbolique.

Communiquer ne consiste pas uniquement à diffuser des messages

Cette idée persistante que « tout le monde peut faire des communications » repose souvent sur une vision extrêmement réductrice du métier. Oui, il faut savoir écrire. Oui, il faut savoir vulgariser. Oui, il faut comprendre les plateformes et les formats. Mais les relations publiques ne consistent pas à produire du contenu. Elles consistent à gérer des relations, des perceptions, des tensions, des attentes, des rapports de pouvoir et des risques dans des environnements humains complexes.

Communiquer, c’est beaucoup plus que simplement publier un message. C’est comprendre :

  • Ce qu’une organisation est réellement capable de soutenir;

  • Comment une décision sera reçue;

  • Quels impacts humains elle produira;

  • Quels risques réputationnels elle soulève;

  • Quelles contradictions elle expose;

  • Quels effets secondaires elle peut générer dans le temps.

Les communications internes touchent directement à :

  • La confiance;

  • La crédibilité;

  • La mobilisation;

  • L’adhésion;

  • La cohérence organisationnelle;

  • Le climat interne;

  • La gestion du changement;

  • La culture organisationnelle;

  • La gouvernance de la parole.

Et surtout : elles touchent à la capacité d’une organisation à maintenir un alignement crédible entre ce qu’elle dit et ce qu’elle vit réellement.

Une discipline reconnue

Les communications internes jouent un rôle beaucoup plus profond qu’on le pense souvent. Elles contribuent à structurer les relations humaines à l’intérieur des organisations, à soutenir la compréhension des décisions, à accompagner les transformations et à maintenir un équilibre entre les réalités opérationnelles, les attentes des équipes et les orientations stratégiques. Lorsqu’elles sont prises au sérieux, elles deviennent un véritable levier de cohérence, de stabilité et de crédibilité organisationnelle.

Une fonction qui exige une expertise stratégique réelle

Une personne qui occupe une fonction stratégique en communications internes doit être capable :

  • D’analyser des dynamiques organisationnelles complexes;

  • D’évaluer les risques réputationnels internes;

  • D’accompagner des changements sensibles;

  • De comprendre les résistances humaines;

  • De conseiller la direction;

  • De gérer des parties prenantes divergentes;

  • D’intervenir dans des contextes de crise;

  • D’arrimer les communications aux réalités opérationnelles;

  • De soutenir les gestionnaires;

  • D’anticiper les impacts d’une décision;

  • De comprendre les enjeux syndicaux et politiques;

  • De construire des stratégies de déploiement cohérentes;

  • De mesurer les impacts réels des communications.

La pandémie a rappelé à quel point cette fonction est critique

Durant la pandémie, j’ai travaillé dans un contexte où les communications internes devenaient littéralement un pilier de stabilité organisationnelle, au Réseau de transport de Longueuil. 

Il fallait transmettre des nouvelles aux équipes. Ces comm servaient à :

  • Gérer l’anxiété;

  • Maintenir la confiance;

  • Traduire des directives changeantes;

  • Accompagner les consultations internes;

  • Arrimer les opérations et les communications;

  • Répondre à des préoccupations humaines extrêmement sensibles;

  • Soutenir les gestionnaires;

  • Maintenir une cohérence malgré l’incertitude constante.

Dans ces contextes-là, une phrase mal formulée peut fragiliser la confiance. Une mauvaise lecture du climat interne aussi. Une stratégie déconnectée des capacités réelles de l’organisation encore davantage. Les communications internes deviennent alors une fonction de gouvernance et non une fonction de rédaction.

Le véritable problème

Le problème dépasse largement une seule publication LinkedIn. Il révèle surtout la difficulté persistante à faire reconnaître les relations publiques comme une expertise stratégique spécialisée. Comme si tout le monde pouvait « faire des communications », « faire du PR ». Comme si les communications se limitaient à raconter des histoires. Comme si les compétences relationnelles, stratégiques, organisationnelles, réputationnelles et éthiques étaient secondaires. 

Pourtant, lorsqu’une organisation traverse :

  • Une crise;

  • Une restructuration;

  • Une fusion;

  • Une transformation culturelle;

  • Une perte de confiance;

  • Une période d’instabilité;

… on a besoin de davantage que de rédaction. L’organisation a besoin d’expertise stratégique. Et cette expertise existe. Elle se développe. Elle s’étudie. Elle se pratique. Elle repose sur des méthodologies, des cadres d’analyse, des approches éthiques et des compétences professionnelles très réelles.

Faire de quoi. Changer les choses

Ce cheval de bataille pour la reconnaissance de ma profession m’habite depuis des années. Pendant longtemps, j’ai observé cette perception réductrice des communications et des relations publiques avec frustration : cette idée qu’il s’agirait principalement d’une fonction de contenu, de visibilité ou d’exécution. 

Puis, il y a environ deux ans, j’ai décidé de transformer cette frustration en responsabilité d’agir. J’ai choisi de former, de vulgariser, de démystifier et de contribuer activement à faire reconnaître les communications pour ce qu’elles sont réellement : une fonction stratégique de l’organisation. Un levier stratégique qui influence directement la crédibilité, la mobilisation, la gestion des relations avec les parties prenantes et la capacité d’une organisation à maintenir sa cohérence dans le temps.

Aujourd’hui, à ma toute petite mesure, je participe aussi à former la relève en relations publiques comme chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal. Et honnêtement, plus j’enseigne, plus je réalise à quel point cette profession mérite d’être mieux comprise, mieux définie et mieux reconnue pour toute la complexité stratégique qu’elle porte réellement.

Évidemment, cela ne signifie pas qu’une personne issue d’un autre parcours ne peut pas devenir excellente en communications ou en relations publiques. Plusieurs professionnel.le.s développent, avec les années, une expertise stratégique remarquable par l’expérience terrain, la formation continue, l’accompagnement et la pratique. Le problème n’est pas le parcours atypique. Le problème apparaît lorsque la profession est perçue comme une fonction improvisée, interchangeable ou accessible sans compréhension réelle de sa complexité.

Et je constate aussi quelque chose de profondément révélateur : la formation universitaire en relations publiques est encore souvent amoindrie dans la perception collective. Combien de fois entend-on : « c’est juste un bac en communication », « ça ne sauve pas des vies », « ce n’est pas comme un bac en médecine ». Comme si la valeur d’une profession se mesurait uniquement à son lien direct avec l’urgence clinique ou à son statut social historique.

Le problème avec cette vision, c’est qu’elle minimise des expertises qui ont pourtant des impacts humains, organisationnels, sociaux et démocratiques extrêmement réels. Les communications et les relations publiques influencent la confiance, la mobilisation, l’acceptabilité sociale, la gestion de crise, la circulation de l’information, la santé organisationnelle et la qualité des relations entre les institutions et leurs publics.

Non, les relations publiques ne remplacent pas la médecine. Ce n’est pas le rôle de la profession. Mais réduire cette discipline à « juste un bac en comm » revient souvent à invisibiliser.

———————

Guyane Perron, PRP, est stratège en communication et relations publiques et fondatrice de Hiatus stratégie. Elle accompagne les organisations publiques, parapubliques, philanthropiques, communautaires et privées dans leurs enjeux de réputation, de mobilisation, de transformation et de communication stratégique.

Domaines d'expertise :

Communication stratégique | Relations publiques | Réputation | Mobilisation des parties prenantes | Communications internes | Gestion du changement | Communication philanthropique

Précédent
Précédent

Assez, c’est assez : « faire du PR », ce n’est pas notre métier

Suivant
Suivant

Les relations publiques deviennent plus importantes que le marketing à l’ère de l’IA