Assez, c’est assez : « faire du PR », ce n’est pas notre métier
Il y a des expressions qui m’agacent.
Pas parce qu’elles sont nouvelles ou familières.
Pas parce qu’elles bousculent les codes.
Non.
Elles m’agacent parce qu’elles ridiculisent une profession entière, souvent sans que les gens ne s’en rendent compte.
Et l’expression qui remporte la palme?
« Faire du PR ».
Soyons franches et francs :
Dans la bouche de tout le monde, « faire du PR », c’est jaser pour jaser, tsé le « parle, parle, jase, jase », flâner dans un cocktail, serrer des mains sans objectif, papillonner d’un groupe à l’autre sans fondement, sans message, sans stratégie.
Bref : du vent.
Et pourtant, cette petite expression glissée partout — dans les entreprises, les milieux politiques, les agences, même dans les universités — finit par faire croire que les relations publiques se résument à un exercice creux de mondanités, un passe-temps social, une simple habileté à « placoter pour avoir l’air présent.e ».
Or, notre profession, la vraie, n’a rien de superficiel.
Les relations publiques, c’est :
Bâtir la confiance dans un contexte social où elle s’effrite chaque jour;
Comprendre et anticiper les besoins des parties prenantes, souvent avant qu’elles ne les expriment;
Éclairer et soutenir des décisions dans des environnements complexes, sensibles, parfois tendus;
Maintenir un dialogue constant, cohérent, responsable et crédible;
Traduire les intentions organisationnelles en messages clairs, précis, fondés;
Soutenir la réputation, honnêtement, durablement, avec intégrité.
Rien n’est laissé au hasard.
Chaque geste, chaque mot, chaque interaction compte.
On est loin, très loin, du « parle, parle, jase, jase ».
Pourquoi ça me fatigue autant?
Parce que cette expression vient dénaturer notre expertise.
Elle réduit une profession exigeante — façonnée par des années de formation, de pratique, d’éthique et de rigueur — à une simple disposition à jaser dans un corridor.
Elle entretient le mythe que notre travail serait « instinctif », « naturel », « léger », voire « improvisé ».
Et elle laisse croire qu’une stratégie se construit autour d’un beau sourire, un clin d’œil et de deux conversations.
Or, dans un monde où les crises se multiplient, où les organisations naviguent entre pressions politiques, transformations numériques, attentes citoyennes et enjeux de réputation, la rigueur en relations publiques n’a jamais été aussi essentielle.
J’ose une digression.
Si « faire du PR » suffisait, les crises se régleraient autour d’un verre.
Les enjeux de réputation s’évaporeraient dans un cocktail.
Et les relations de confiance se construiraient en deux poignées de main.
Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.
Jamais.
Malgré tout, il y a de l’espoir.
De plus en plus de gestionnaires, de chercheuses et chercheurs, de spécialistes du développement organisationnel et de leaders reconnaissent que les relations publiques sont un levier stratégique majeur.
Un vrai.
Pas un rôle cosmétique.
Alors, que faire de l’expression « faire du PR »?
On peut l’ignorer.
On peut sourire.
On peut laisser aller.
Ou on peut décider, collectivement, de nommer les choses comme elles sont :
Notre travail n’est pas superficiel.
Il n’est pas improvisé.
Il n’est pas mondain.
Il est stratégique, humain, rigoureux, fondé sur la littérature, l’éthique, la transparence et la cohérence.
Et j’irai même plus loin.
Dire « faire du PR » pour qualifier un travail sérieux, c’est un peu comme dire :
« C’est mon petit côté autiste. »
« Mon doux, c’est quoi cte réaction-là? Il est bin bipolaire. »
« Elle, elle est tout le temps sur un spring, elle doit tellement être TDAH. »
Autrement dit : utiliser des termes chargés, complexes et réels pour banaliser des réalités qui méritent respect et précision. Peut-être trouverez-vous que j’y vais un peu fort. Mais je le vois, je l’entends et ces raccourcis brouillent les sens, invisibilisent des vécus, entretiennent des stéréotypes et finissent par affaiblir la compréhension de ces difficiles réalités. C’est un sujet qui mérite d’être exploré en profondeur — sur d’autres canaux, dans d’autres espaces — mais ce n’est pas moins problématique ici.
Un appel à l’action (aussi inutile que nécessaire)
Je pourrais vous demander de partager cet article, de commenter, d’aimer, d’en parler autour de vous…
Mais ce serait presque ironique.
Alors je dirai simplement ceci :
La prochaine fois que vous entendrez « faire du PR », invitez à réfléchir.
Juste un instant.
Parce que les mots ont un poids.
Et que notre profession mérite mieux qu’une expression creuse qui fait rire au détriment de notre crédibilité.
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Guyane Perron, PRP, est stratège en communication et relations publiques et fondatrice de Hiatus stratégie. Elle accompagne les organisations publiques, parapubliques, philanthropiques, communautaires et privées dans leurs enjeux de réputation, de mobilisation, de transformation et de communication stratégique.
Domaines d'expertise :
Communication stratégique | Relations publiques | Réputation | Mobilisation des parties prenantes | Communications internes | Gestion du changement | Communication philanthropique