La charge mentale, ou cette étrange impression d’être indispensable
Janvier 2025
Il y a une fatigue qui ne se mesure pas en heures.
Elle ne se voit pas dans l’agenda, ni dans les feuilles de temps. Elle ne se règle pas avec une fin de semaine de congé. C’est la charge mentale.
Cette sensation persistante d’avoir toujours quelque chose en tête. De penser à ce qui doit être fait, à ce qui pourrait arriver, à ce qui risque de déraper. D’anticiper. De prévoir. De contenir. De tenir ensemble une multitude de fils invisibles.
Dans bien des métiers, c’est lourd. En relations publiques, c’est presque structurel.
Penser pour que rien ne tombe
Le propre des relations publiques, ce n’est pas seulement de produire des messages. C’est de porter des écosystèmes entiers :
Penser à nos actrices.teurs (nos parties prenantes) avant qu’elles ne réagissent;
Imaginer les angles morts avant qu’ils ne deviennent des crises;
Anticiper les interprétations avant même que le message ne soit publié;
Avoir en tête les médias, les équipes internes, la direction, le contexte politique, social, humain. En même temps.
On ne « se dépose » jamais vraiment ce travail. Même en marchant. Même sous la douche. Même la nuit. Il y a toujours ce petit processus en arrière-plan qui tourne : « Et si…? » — « Il ne faudrait pas que… » — « On pourrait aussi… »
Ce n’est pas de l’anxiété. C’est de la responsabilité.
L’indispensabilité : un piège bienveillant
Il y a un autre ingrédient sournois : le sentiment d’être indispensable.
Dans beaucoup d’organisations, les personnes en communication deviennent rapidement des pivots :
Celles qui savent;
Celles qui tiennent la mémoire des dossiers;
Celles qui font le lien entre tout le monde;
Celles qu’on appelle « juste pour valider quelque chose ».
C’est flatteur. Et c’est dangereux.
Parce que l’indispensabilité nourrit la charge mentale. Elle empêche de décrocher pour vrai. Elle crée une dépendance organisationnelle. Elle installe une pression diffuse : si je ne pense pas à tout, qui le fera ?
La charge mentale n’est pas un problème individuel
On parle souvent de la charge mentale comme d’un enjeu personnel : mieux s’organiser, mieux prioriser, mieux se protéger.
C’est vrai. Mais ce n’est pas suffisant.
En relations publiques, une grande partie de la charge mentale est structurelle :
Elle vient de flous dans les rôles;
D’organisations où trop de choses reposent sur trop peu de personnes;
De cultures où l’anticipation n’est pas partagée;
De systèmes où la mémoire et la cohérence sont portées par des individus plutôt que par des processus.
Autrement dit : ce n’est pas seulement une question de résilience personnelle. C’est une question de gouvernance.
Professionnaliser pour alléger
Paradoxalement, ce qui réduit le plus la charge mentale, ce n’est pas de « lâcher prise ». C’est de structurer davantage :
Clarifier qui décide quoi;
Documenter les cadres, les messages, les processus;
Outiller les équipes;
Partager la lecture stratégique des enjeux;
Sortir la stratégie de la tête de quelques personnes pour la mettre dans des repères communs.
Moins il y a de choses qui reposent uniquement sur la vigilance individuelle, moins il y a de charge mentale.
Et si on arrêtait de vouloir être indispensables?
Il y a une maturité professionnelle, et même organisationnelle, à viser autre chose que l’indispensabilité.
Être utile, oui.
Être structurant.e, oui.
Être la ou seul.e à pouvoir « tenir la baraque » : non.
Une organisation saine devrait pouvoir fonctionner sans que certaines personnes aient en permanence tout dans la tête.
Et une pratique mature des relations publiques devrait viser exactement cela : créer des systèmes plus solides que les individus. Même très bons. Même très engagés.
En filigrane, une question simple
Si vous travaillez en relations publiques, posez-vous la question :
Ma valeur vient-elle de ce que je sais faire… ou du fait que trop de choses reposent sur moi ?
La réponse en dit souvent long sur votre charge mentale.
Et sur ce qu’il serait peut-être temps de transformer. L’année commence… c’est peut-être le temps d’y voir!
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Guyane Perron, PRP, est stratège en communication et relations publiques et fondatrice de Hiatus stratégie. Elle accompagne les organisations publiques, parapubliques, philanthropiques, communautaires et privées dans leurs enjeux de réputation, de mobilisation, de transformation et de communication stratégique.
Domaines d'expertise :
Communication stratégique | Relations publiques | Réputation | Mobilisation des parties prenantes | Communications internes | Gestion du changement | Communication philanthropique