Votre organisation prépare sa rentrée. Son été est déjà en train de lui coûter cher. Le grand mythe des projets d'été
Depuis le début de ma carrière, j'entends la même phrase revenir à peu près chaque mois de juin : « Nous allons profiter de l'été pour avancer les dossiers importants. Projets estivaux! » Comme si les mois de juillet et d'août constituaient une période d'abondance organisationnelle alors qu'ils représentent souvent exactement l'inverse.
Dans plusieurs organisations que j'ai accompagnées, l'été devient une sorte de fourre-tout stratégique. Tout ce qui n'a pas trouvé sa place entre septembre et juin se retrouve soudainement dans les priorités estivales : planification stratégique, refonte du site internet, révision des processus, repositionnement, réflexion sur l'expérience client ou employé. S'ajoutent souvent les lacs-à-l'épaule, la préparation des calendriers éditoriaux, les grandes réflexions pour l'année à venir et quelques projets qui traînent depuis tellement longtemps que plus personne ne se souvient vraiment pourquoi ils avaient été reportés. Les ambitions sont nombreuses. Les ressources disponibles le sont beaucoup moins.
Ce que j'observe sur le terrain
Je me souviens d'un mandat où une organisation souhaitait profiter de l'été pour mener un important chantier de transformation. Sur papier, le calendrier semblait réaliste. Pourtant, dès les premières semaines de juillet, les rencontres ont commencé à être déplacées, les validations à s'accumuler et les décisions à attendre le retour de personnes en vacances. Le projet avançait surtout dans les calendriers. Beaucoup moins dans la réalité.
Cette situation est loin d'être exceptionnelle. Elle se répète sous différentes formes d'une organisation à l'autre. L'été crée un environnement où les délais s'allongent naturellement, où les expertises sont plus dispersées et où certaines décisions reposent sur un nombre restreint de personnes. C'est aussi la période où quelqu'un cherche désespérément le document final_v3_version_finale_VRAIMENT_finale sans réussir à identifier laquelle des sept versions est réellement la bonne.
L'été agit comme un révélateur
Avec le temps, j'en suis venue à considérer l'été comme l'un des meilleurs diagnostics organisationnels qui soient. Il révèle les dépendances que le reste de l'année permet souvent de masquer. Une personne détient l'information clé. Une autre possède l'historique d'un dossier. Une troisième entretient une relation essentielle avec un partenaire ou un client. Souvent, il existe aussi cette personne, souvent Sylvie, qui connaît tous les mots de passe, tous les fournisseurs et toutes les raisons pour lesquelles certaines choses fonctionnent encore depuis 2017.
Lorsque plusieurs de ces personnes quittent simultanément pour quelques semaines, l'organisation découvre sa véritable capacité à fonctionner.
Derrière les échéanciers, les réunions et les projets se cache alors une réalité plus profonde : le degré de dépendance envers certaines personnes.
Le véritable indicateur de santé organisationnelle
Dans les organisations, nous mesurons une foule d'indicateurs : les revenus, la croissance, la satisfaction, l'engagement, l'achèvement des projets ou encore la performance des équipes. Pourtant, après 25 ans à observer des organisations de toutes tailles, je suis de plus en plus convaincue qu'un autre indicateur mérite notre attention.
Combien de temps une personne clé peut-elle s'absenter sans créer de ralentissement significatif? Cette question touche à la gouvernance, au leadership, au transfert des connaissances, à la culture organisationnelle et à la confiance. Chaque été, les vacances mettent en lumière une réalité que peu de tableaux de bord permettent de voir : le degré de dépendance d'une organisation envers certaines personnes. Et cette dépendance en dit souvent beaucoup plus sur sa résilience que plusieurs indicateurs que nous suivons toute l'année.
Les communications comme outil de continuité
Cette réalité touche directement les communications. Pendant que les équipes réduisent leurs effectifs pour la période estivale, les publics poursuivent leurs activités. Les membres continuent de poser des questions. Les partenaires poursuivent leurs démarches. Les journalistes cherchent des porte-parole. Les citoyennes et citoyens souhaitent obtenir des réponses.
C'est pourquoi je considère les communications comme bien plus qu'un exercice de visibilité. Elles constituent un outil de continuité organisationnelle. Une organisation solide partage l'information, documente ses connaissances, prépare les relais et facilite la prise de décision. Elle crée les conditions qui permettent aux équipes de prendre du repos tout en maintenant la qualité des relations avec leurs publics.
Il est encore temps
L'été agit souvent comme un révélateur. Il met en lumière ce qui circule bien, ce qui repose sur quelques personnes et ce qui mérite d'être renforcé.
La question est simple : votre organisation dispose-t-elle d'un véritable plan de continuité... ou de quelques personnes qui portent l'organisation à bout de bras?
Il est encore temps de le découvrir avant la rentrée. Et si cette réflexion soulève plus de questions que de réponses, je peux vous accompagner dans cet exercice.
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Guyane Perron, PRP, est stratège en communication et relations publiques et fondatrice de Hiatus stratégie. Elle accompagne les organisations publiques, parapubliques, philanthropiques, communautaires et privées dans leurs enjeux de réputation, de mobilisation, de transformation et de communication stratégique. Pour la contacter, c’est ici.
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