Se permettre de valoir ce qu'on vaut

On parle beaucoup de valeur ajoutée. De proposition de valeur. De valeur marchande. Mais on ne parle presque jamais de celle-là - la plus intime, la plus déterminante : la valeur qu'on s'accorde à soi-même.

J'ai 25 ans d'expérience. Le titre de Professionnelle en relations publiques décerné par la Société québécoise des professionnel.le.s en relations publiques. Cinq prix d'excellence nationaux. Un parcours qui traverse Hydro-Québec, le Réseau de transport de Longueuil, le secteur agroalimentaire, le transport collectif, une charge de cours à l’Université du Québec à Montréal. Je pourrais cocher beaucoup de cases.

Et pourtant. Ce n'est pas ça, la valeur dont je veux parler. Ce n’est pas ça la valeur dont je veux être le plus fière.

La valeur que je veux nommer — celle qui change tout dans une carrière, dans une relation d'affaires, dans une conversation difficile — c'est celle que je m'accorde à moi-même. Intérieurement. Sans avoir besoin que quelqu'un la valide d'abord.

Ce n'est pas une question de CV.

J'ai longtemps regardé les autres progresser dans leur carrière, les ancien.ne.s collègues de classe, les ex-collègues de travail, et cru que la valeur suivait les titres. Les diplômes. Les années d'expérience. Je trouvais que je ne progressais pas assez. Je changeais de job pour monter constamment dans les échelons, afin de moi aussi arriver à un meilleur titre encore

Mais je comprends aujourd’hui que ça, c'est la valeur prouvée. Celle que je peux mettre sur une carte.

La valeur vécue, c'est autre chose. C'est ce que je ressens quand je prends la parole dans une salle sans attendre que quelqu'un acquiesce pour continuer. 

C'est ce qui fait que je pose mes conditions avant d'accepter, pas après avoir été épuisée. C'est la différence entre savoir ce que je vaux et me permettre de le vivre.

Et cette valeur-là, elle se voit dans tout. Dans la façon dont j'entre dans une rencontre client, dans une formation que j’offre. Dans ma façon de dire non. Ou de ne pas le dire. Dans la façon dont j'accueille un compliment — ou dont je le balaie. Dans les relations que j'attire. Et dans celles que je tolère.

La valeur que je me reconnais professionnellement, elle ne reste pas « dans mon bureau ». Elle me suit dans les autres pièces de ma maison. Elle colore tout le reste.

Le piège des overachievers

Je ne compte pas les heures. Je ne dis pas non facilement. Je porte des projets, des causes, des organisations qui me dépassent. Je suis une overachiever — par vocation autant que par tempérament. Et de le dire n’est pas de me vanter.

Et quelque part dans cette façon d'être, une équation s'est installée sans que je m'en rende compte : ma valeur devient proportionnelle au temps que j'investis. Plus je donne, plus je vaux. Plus j'en fais, plus je mérite d'exister « dans la pièce », dans mon milieu.

Alors, quand vient le moment de mettre un chiffre sur mes services — de nommer un tarif, de signer une proposition — j'hésite. Je sous-estime. Je justifie avant même qu'on me demande de le faire. Parce que quelque chose en moi croit encore que je n'ai pas assez travaillé pour le mériter. Que le livrable n'est pas encore parfait. Que je devrais faire un peu plus, juste pour être sûre.

La vérité que j'ai apprise — et que j'apprends encore — c'est que c'était souvent déjà assez. Bien avant que je m'en rende compte. Et que j'ai continué quand même. Et que je me suis épuisée.

En ne me valorisant pas assez, j'attire des dynamiques épuisantes. Des mandats sous-payés « pour l'expérience ». Des relations professionnelles déséquilibrées où je donne beaucoup et reçois peu. Un sentiment chronique de ne jamais être tout à fait à ma place — même quand, objectivement, je le suis.

Ce n'est pas de la malchance. C'est un miroir.

La vraie question

Est-ce que je me reconnais suffisamment de valeur pour avancer sans filet? Pour avancer un tarif horaire avec assurance? Pour refuser un mandat qui ne me correspond pas? Pour me présenter non pas comme « ancienne directrice » mais comme ce que je suis, maintenant, aujourd'hui?

Ce n'est pas un manque de compétence. Ce n’est pas un manque de lucidité. C'est un manque de permission — celle que je m'accorde à moi-même.

J’apprends tous les jours encore que ma valeur ne se calcule pas en heures. Elle ne se prouve pas à coups de livrables supplémentaires. Elle se pose. Et apprendre à la poser — sans m'excuser, sans surjustifier, sans attendre qu'on me la confirme — c'est peut-être le travail le plus important de ma carrière.

C'est le chantier sur lequel je travaille. Encore. Tous les jours.

Guyane Perron, PRP, Fondatrice et présidente | www.hiatus-strategie.ca | gperron@hiatus-strategie.ca | 438 901-2003 | Chargée de cours, UQAM

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