Faire du bien, vraiment
Vous demandez-vous parfois pourquoi vous faites le métier que vous faites?
Pas la réponse de surface. Pas celle qu'on donne en entrevue ou lors d'un 5 à 7. La vraie. Celle qu'on se pose un mardi matin avant d'ouvrir l'ordinateur, quand la vie n'a pas encore repris son rythme — pourquoi est-ce que je donne mon temps, mon énergie, ma tête à cette organisation, à cette cause, à ce travail?
Au-delà des raisons évidentes que la vie nous impose — le loyer, les responsabilités, tout ce qui fait qu'on se lève de toute façon — il y a souvent quelque chose d'autre. Plus discret. Moins facile à nommer.
Pour moi, cette réponse-là, c'est assez simple.
Faire du bien.
Pas le concept. Pas la belle phrase qu'on glisse dans un pitch.
La sensation, presque physique, qui s'installe quand on signe un mandat et qu'on sait — on sait — que ce qu'on va faire va compter pour quelqu'un.
Avec les années, j'ai arrêté de me raconter que je choisissais des projets. Je choisis des causes. Parfois nommées clairement — la santé mentale, les soins, l’éducation, l’environnement, l'accès à des services essentiels. Parfois plus floues — une équipe qui veut faire mieux, une organisation qui cherche à bien faire malgré la complexité.
Mais le fil, lui, est toujours là.
Dans la pratique, ça ressemble à quoi?
À une infolettre enfin compréhensible, parce qu'une personne mérite de savoir à quoi elle a droit sans avoir à déchiffrer. À un message reformulé pour éviter l'angoisse inutile. À une campagne qui mobilise — et qui se transforme, concrètement, en ressources, en soins, en accompagnement réel.
Pas de grandes théories. Des gestes précis, répétés, qui finissent par peser.
Ce qui me touche le plus, avec le temps, c'est moins l'impact mesurable que l'environnement humain dans lequel ces projets se construisent.
Travailler sur des causes, c'est souvent travailler avec des gens qui portent leur mission avec une intensité rare. Une rigueur. Une humanité. Ça change les conversations. Ça change les décisions. Le « bien faire » prend une autre texture.
On ne cherche plus seulement à être efficace. On cherche à être juste.
Et c'est là que la consultation prend tout son sens pour moi.
Écouter avant de parler. Comprendre avant de positionner. Pas pour être poli — parce que les bonnes décisions sont impossibles sans ça.
C'est d'ailleurs pour ça que j'ai appelé ma pratique Hiatus.
Parce qu'avant de bien conseiller, il faut s'arrêter. Vraiment s'arrêter. Pas marquer une pause pour la forme — créer un espace où les choses peuvent se déposer, se clarifier, prendre leur vrai poids. Un hiatus, au sens propre : une interruption dans le flux, un souffle entre deux mouvements.
Dans un métier où l'urgence dicte tout, où les décisions se prennent souvent trop vite et les messages partent avant d'être vraiment prêts — cette pause n'est pas un luxe. C'est une condition.
C'est dans cet espace-là que les bonnes postures émergent. Que les messages trouvent leur juste ton. Que le conseil devient utile plutôt que simplement rapide.
Bien conseiller, ce n'est pas arriver avec la solution brillante. C'est aider une organisation à trouver la bonne posture, au bon moment, pour les bonnes raisons. Et ça, ça ne se fait pas dans la précipitation.
Il y a quelque chose d'apaisant dans cette manière de travailler. Savoir que ce qu'on construit est aligné. Que les messages qu'on porte sont sincères. Qu'on contribue à la clarté, pas au bruit.
Je reviens souvent à cette idée, un peu vertigineuse : on ne voit presque jamais l'impact final de ce qu'on fait.
Quelque part, une personne comprend mieux. Se sent moins seule. Reçoit un service, un soin, un soutien — en partie parce qu'une chaîne d'actions, dont les communications, a permis que ça arrive.
On ne le saura jamais vraiment. Mais on sait que c'est possible.
Et dans un monde aussi saturé, aussi bruyant — apporter ne serait-ce qu'un grain à quelque chose de plus grand que soi…c'est immense.
Faire du bien, en relations publiques, ce n'est pas un bonus. Ce n'est pas ce qu'on met sur le site pour avoir l'air bien.
C'est une manière de pratiquer. De choisir. De travailler.
De s'arrêter, quand il le faut, pour mieux avancer.
Et, certains jours surtout — les mardis matin avant d'ouvrir l'ordinateur, ceux où la question revient — c'est ce qui rappelle pourquoi on fait ce métier.
Guyane Perron, PRP, Fondatrice - présidente et stratège principale, www.hiatus-strategie.ca | gperron@hiatus-strategie.ca | 438 901-2003