Pourquoi je crois encore aux relations humaines dans un monde algorithmique

Juin 2026 - J’observe un grand paradoxe dans mon quotidien : j’enseigne la réputation, les médias sociaux et les relations publiques à l’université. J’utilise l’intelligence artificielle TOUS les jours - je jase même avec comme je jaserais avec un vrai collègue de travail : des fois avec Claude, ou d’autres fois avec Gaston (chez nous, on a appelé ChatGPT « Gaston Pierre Tremblay » [GPT]). Je m’intéresse aux transformations numériques, aux nouveaux comportements des publics et à l’évolution constante des plateformes.  

Pourtant, plus la technologie progresse et plus je me surprends à revenir à une conviction qui ne m’a (finalement) jamais quittée : les relations humaines demeurent notre actif le plus précieux. C’est galvaudé, me direz-vous. Et pourtant, est-ce que l’on se rappelle assez quand même? Je ne pense pas. C’est pour ça que j’ai écrit un billet avec ma perspective à ce sujet. 

Je le dis souvent, nous consacrons actuellement tant de notre énergie à comprendre les algorithmes. Nous cherchons à savoir comment gagner en visibilité, comment optimiser nos contenus, comment rejoindre les bonnes personnes au bon moment et comment mesurer toujours plus précisément les résultats de nos actions. Ces outils sont utiles. Ils font maintenant partie de notre réalité professionnelle. Je le reconnais. Mais à force de vouloir maîtriser les mécanismes technologiques, j’ai parfois l’impression que nous avons oublié quelque chose d’essentiel : la proximité humaine.

Ce que La Victoire nous rappelle

Avez-vous suivi La Victoire de Montréal cette année? Bon, ok, le hockey professionnel féminin gagne en terrain depuis trois ans, mais il ne remplace pas encore le sacro-saint sport masculin. Donc, avez-vous suivi les Canadiens en séries?

Moi, j’ai suivi La Victoire et j’ai suivi le Canadien.

Et ce week-end, j’ai écouté le défilé célébrant la victoire de l’équipe de hockey féminin de Montréal, La Victoire, qui a remporté cette année la Coupe Walter, l’équivalent de la Coupe Stanley pour le hockey professionnel masculin. 

Et comme à toutes les fois que je regarde un match ou des nouvelles liées à La Victoire, j’ai des frissons qui finissent toujours en chaudes larmes sur mes joues. C’est comme un réflexe de fierté qui se déclenche tout seul. J’ai écouté le premier match de La Victoire ainsi. J’ai aussi pleuré quand j’ai assisté à mon premier match de La Victoire. Et que dire de les avoir vues jouer au Centre Bell. Même mon conjoint essuyait ses larmes. Ça, ça ne se vit pas via les algorithmes.

Et que La Victoire gagne (ou que le Canadien ne gagne pas!), ce n’est pas le résultat sportif qui est le plus marquant. 

Bien sûr, autant pour l’une que pour l’autre équipe, il y avait la fierté d’une ville, la reconnaissance du talent exceptionnel de joueuses et de joueurs de talent et l’importance symbolique de cette victoire. 

Mais ce qui m’a surtout frappée, ce week-end, en regardant le défilé de La Victoire, c’est la foule elle-même. J’aurais dû y être. Je regrette de ne pas y être allée. J’aurais dû faire comme les plus de vingt mille personnes qui avaient choisi de quitter leur salon, de prendre le métro, de se déplacer en famille ou entre amis pour vivre ce moment ensemble. Ma belle-fille était là avec sa sœur et des amies. Avec leurs chandails, leurs casquettes, de La Victoire. Elle m’envoyait des photos et des vidéos en direct. Elle trippait, elle vivait à fond le moment. Comme les petites filles ou les plus grandes filles qui regardaient leurs idoles avec des étoiles dans les yeux. Comme les mères comme moi, qui voient en ces joueuses exceptionnelles la voie qu’elles pavent pour la génération de nos filles. Pendant quelques heures, des milliers de personnes ont partagé la même émotion dans le même espace. Elles étaient connectées. En vrai. 

Cette image mérite qu’on s’y attarde.

Je crois qu’elle révèle quelque chose de plus grand que le sport. Elle nous rappelle que nous sommes probablement à l’époque la plus connectée de l’histoire et, pourtant, jamais le contact humain n’a semblé aussi précieux. Nous avons accès à une quantité phénoménale d’information. Nous pouvons communiquer instantanément avec des personnes situées à l’autre bout du monde. Nous pouvons participer à des réunions, suivre des formations et développer des relations professionnelles sans quitter notre bureau. Malgré tous ces progrès, les gens continuent de rechercher des expériences réelles, des échanges authentiques et des moments de présence partagée. 

Le retour du relationnel

En plus de vingt-cinq ans de carrière, j’ai vu défiler plusieurs révolutions dans notre profession. J’ai assisté à l’arrivée des médias sociaux, à la multiplication des plateformes, à l’émergence des créatrices et créateurs de contenu et à cette course effrénée vers les clics, les vues et les indicateurs de performance. 

Pourtant, derrière tout ce bruit numérique, j’observe aujourd’hui un mouvement inverse : un retour vers le relationnel. Le sentez-vous? Les organisations qui se démarquent durablement ne sont plus seulement celles qui occupent l’espace. Ce sont celles qui savent créer de véritables liens, écouter avec attention et demeurer présentes lorsque cela compte vraiment.

Pourquoi les relations publiques redeviennent stratégiques

Et c’est précisément là que les relations publiques redeviennent stratégiques.

Pendant plusieurs années, une partie des organisations a confondu visibilité et relation. Comme si être vu signifiait automatiquement être compris. Comme si être suivi signifiait automatiquement être apprécié. Comme si être connu signifiait automatiquement être digne de confiance. 

Or, les relations publiques n’ont jamais eu pour mission de générer de simples impressions. Leur rôle a toujours été de construire des ponts entre les organisations et les personnes qui les entourent. Des ponts de compréhension, de crédibilité, d’écoute et de confiance. 

Les grands théoriciens des relations publiques parlent depuis longtemps de relations mutuellement bénéfiques entre une organisation et ses publics. C’est même l’une des définitions fondamentales de notre discipline. Pourtant, pendant des années, nous avons parfois davantage mesuré la portée des messages que la qualité des relations qu’ils créaient.

Aujourd’hui, je veux (oui, oui, moi!) que la situation change : lorsque tout le monde possède les mêmes outils technologiques, lorsque tout le monde peut produire du contenu en quelques secondes et lorsque l’intelligence artificielle permet à n’importe qui de publier davantage, ce ne sont plus les outils qui deviennent déterminants. Ce sont les relations.

La confiance devient alors le véritable avantage concurrentiel.

Je le constate régulièrement sur le terrain. Les collaborations les plus porteuses de ma carrière ne sont presque jamais nées d’un algorithme ou d’un tableau de bord. Elles ont commencé autour d’une conversation sincère, d’un café partagé ou d’une rencontre où quelqu’un a finalement trouvé les mots pour exprimer ce qui demeurait jusque-là sous la surface. C’est sans doute pour cette raison que je crois encore profondément aux relations publiques. Non pas comme un outil de visibilité, mais comme une discipline de relation, de confiance et, avant tout, profondément humaine.

De l’économie de l’attention à l’économie de la confiance

C’est d’ailleurs ce qui me fait croire que nous assistons à une transition importante. La véritable rareté se trouve désormais ailleurs. Elle se trouve dans la crédibilité. Dans la cohérence entre ce qu’une organisation dit et ce qu’elle fait. Dans sa capacité à tenir parole. Mais surtout, surtout, dans la qualité des relations qu’elle entretient avec ses différentes parties prenantes. Autrement dit, elle se trouve dans la confiance.

L’intelligence artificielle nous ramène à l’essentiel

C’est probablement pour cette raison que je demeure profondément optimiste face à l’arrivée de l’intelligence artificielle. Je ne crois pas qu’elle remplacera les relations humaines, et, comme je le disais dans mon dernier billet, ni les relations publiques, qui, au contraire, prennent une place prépondérante. Je crois plutôt que l’arrivée de l’intelligence artificielle nous oblige à redécouvrir la valeur des relations humaines. À l’heure actuelle, plus il devient facile de produire du contenu, plus les personnes capables d’incarner leurs idées se distingueront. Plus les interactions automatisées se multiplieront, plus les conversations sincères prendront de l’importance. Plus les machines deviendront performantes, plus l’écoute, l’empathie et la présence humaine deviendront des compétences recherchées.

Au fond, je crois que notre avenir ne se jouera pas dans l’opposition entre les humains et la technologie. Il se jouera dans notre capacité à utiliser les outils les plus avancés sans perdre ce qui fait notre humanité. Les organisations qui réussiront le mieux ne seront pas nécessairement celles qui maîtriseront le plus rapidement les nouvelles technologies. Elles seront celles qui réussiront à demeurer profondément humaines dans un monde de plus en plus automatisé.

Et peut-être que la plus belle ironie de notre époque réside précisément là. À mesure que les machines apprennent à communiquer comme des humains, les humains redécouvrent la valeur irremplaçable des relations humaines.

Au cœur de tout : l’appartenance

Lorsque je regarde La Victoire défiler devant des milliers de personnes ou lorsque je vois le Québec entier retenir son souffle pendant les séries éliminatoires du Canadien, je ne vois pas seulement du sport.

Je vois des êtres humains qui cherchent à appartenir à quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. Je vois des personnes qui veulent partager une émotion, un récit commun, une fierté collective ou même une déception collective. Je vois des inconnus qui se parlent dans un métro parce qu’ils portent le même chandail. Je vois des générations qui se rencontrent autour d’un même symbole. Je vois des enfants qui trouvent des modèles. Je vois des communautés qui se construisent. 

Au fond, ce que nous célébrons lorsque La Victoire soulève un trophée et ce que nous pleurons lorsque le Canadien est éliminé n’a jamais été uniquement du sport. Nous célébrons un sentiment d’appartenance.

Pendant longtemps, plusieurs organisations ont cru que leur principal défi consistait à attirer l’attention. Pourtant, La Victoire nous enseigne peut-être autre chose. Les vingt mille personnes présentes au défilé ne se sont pas déplacées parce qu’elles avaient vu une publicité de plus ou une publication de plus dans leur fil d’actualité. Elles se sont déplacées parce qu’elles avaient développé un lien avec cette équipe. Parce qu’elles s’y reconnaissaient. Parce qu’elles lui faisaient confiance. Parce qu’elles avaient le sentiment d’en faire partie.

C’est là que se trouve toute la différence entre l’attention et la confiance. L’attention permet de capter un regard. La confiance permet de bâtir une relation. Et lorsqu’une relation s’installe, elle devient capable de mobiliser des communautés entières, que ce soit autour d’une équipe sportive, d’une cause, d’une institution ou d’une organisation.

Et c’est précisément ce sentiment d’appartenance qui se trouve au cœur des relations publiques.

Depuis toujours, notre profession travaille avec cette matière invisible, mais puissante qui unit les êtres humains : la confiance, l’identification, la réputation, le dialogue et le lien.

Dans un monde où les algorithmes deviennent chaque jour plus intelligents, je demeure convaincue que la capacité de créer ces liens humains deviendra l’une des compétences les plus précieuses qui soient. 

Car à la fin d’une campagne, à la fin d’une technologie ou à la fin d’une plateforme, ce dont les gens se souviennent le plus souvent, c’est de la façon dont ils se sont sentis, pas du message. Et ce sentiment naît rarement d’un algorithme. Il naît d’une relation humaine.

C’est probablement pour cette raison que, malgré toutes les technologies qui transforment notre profession, je continue d’accompagner mes clientes et mes clients avec la même conviction qu’à mes débuts : les stratégies les plus solides sont presque toujours celles qui commencent par une meilleure compréhension des êtres humains. Et la vôtre, elle dit quoi?

Contactez-moi si vous vous en parler!

Guyane Perron, PRP, présidente – fondatrice et stratège principale | www.hiatus-strategie.ca | gperron@hiatus-strategie.ca| 438 901-2003

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Guyane Perron, PRP, est stratège en communication et relations publiques et fondatrice de Hiatus stratégie. Elle accompagne les organisations publiques, parapubliques, philanthropiques, communautaires et privées dans leurs enjeux de réputation, de mobilisation, de transformation et de communication stratégique.

Domaines d'expertise :

Communication stratégique | Relations publiques | Réputation | Mobilisation des parties prenantes | Communications internes | Gestion du changement | Communication philanthropique

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