Pourquoi j'ai choisi les relations publiques
Août 2026 - Dans quelques jours, ce sera la rentrée collégiale. Comme des milliers de jeunes partout au Québec, ma fille reprendra le chemin de l’école avec ses cahiers neufs, ses projets et toutes les possibilités qui s’offrent à elle. Contrairement à bien des personnes de son âge, elle sait déjà quel métier elle souhaite exercer. Ce qui l’habite ces jours-ci, ce sont plutôt les questions qui viennent ensuite. Poursuivra-t-elle ses études à l’université ? Dans quel établissement ? À quoi ressemblera cette nouvelle étape de sa vie ? Quelles rencontres, quels apprentissages et quelles occasions l’y attendent ?
Nos conversations tournent beaucoup autour de ces réflexions. Je la sens à la fois enthousiaste, curieuse et fébrile devant tout ce qui s’annonce. En l’écoutant, je réalise qu’au moment de choisir un programme d’études, nous croyons souvent choisir un établissement, un diplôme ou une carrière. Avec le recul, je pense que nous choisissons aussi, sans le savoir, des rencontres, des personnes qui nous feront grandir, des occasions qui nous transformeront et une façon de voir le monde qui nous accompagnera longtemps.
Chaque fois que nous en parlons, je me surprends à replonger près de trente ans en arrière. Je me revois exactement au même âge, à un moment où je devais, moi aussi, prendre des décisions qui allaient orienter toute ma vie professionnelle. À une différence près : contrairement à elle, je n’avais pas encore trouvé ma voie.
Aujourd’hui, avec plus de vingt-cinq ans de carrière derrière moi, je mesure l’impact immense de cette période de ma vie. Une décision prise à 17 ans allait orienter chacune des étapes de mon parcours. Mais à ce moment-là, je n’en avais absolument pas conscience. Je croyais simplement être à la recherche d’un programme universitaire. En réalité, j’étais à la recherche d’un métier qui me ressemblerait.
C’est probablement pour cette raison que j’ai eu envie d’écrire ce billet. Non pas pour raconter mon parcours, mais pour revenir au point de départ. Pour raconter comment une jeune femme passionnée par l’écriture, fascinée par les médias et curieuse de comprendre les organisations est tombée sur un tout nouveau programme en communication, profil relations publiques, à l’UQAM. Un choix qui allait non seulement orienter toute sa carrière, mais aussi lui faire découvrir une profession qui, près de trente ans plus tard, continue de la passionner chaque jour.
En regardant ma fille aujourd’hui, je ne lui souhaite pas de suivre mes traces. Je lui souhaite quelque chose de beaucoup plus précieux : trouver un métier qui la fera vibrer profondément, qui nourrira sa curiosité et dans lequel elle aura l’impression d’être exactement à sa place. Et quand je la regarde, je me dis qu’elle est déjà bien partie.
À la recherche d’un métier qui me ressemblait
À la fin de mon cégep, je faisais face à la même question que des milliers de jeunes se posent chaque année : qu’est-ce que je veux vraiment faire de ma vie ?
À la fin des années 1990, les réponses ne se trouvaient pas en quelques clics sur l’internet. Il fallait chercher. Lire. Comparer. Réfléchir. Alors, je me suis procuré le bottin de tous les programmes universitaires offerts au Québec. Je me souviens encore de son épaisseur impressionnante. Je l’ai ouvert avec un crayon à la main et je me suis donné une
mission : le lire d’un bout à l’autre.
Oui, au complet.
Je soulignais les passages qui m’interpellaient. J’écrivais des commentaires dans les marges. Je comparais les programmes. J’en éliminais certains. J’y revenais quelques jours plus tard pour vérifier si mon intuition était toujours la même. Avec le recul, je souris en repensant à cette méthode. Sans le savoir, j’étais déjà en train de développer un réflexe qui m’accompagne encore aujourd’hui : prendre le temps d’analyser avant de décider.
Je savais surtout ce que je ne voulais pas.
Je ne cherchais pas un métier prestigieux. Je ne cherchais pas celui qui promettait le meilleur salaire. Je cherchais une profession qui me donnerait envie de me lever chaque matin pendant les quarante années suivantes. Je voulais exercer un métier qui ferait appel autant à mon intellect qu’à ma créativité, qui me permettrait d’écrire, d’analyser, de comprendre les organisations et, surtout, de travailler avec des êtres humains.
Puis, une description a retenu toute mon attention. Un tout nouveau programme. Communication, profil relations publiques à l’UQAM. Nous étions en 1998.
Je ne connaissais pratiquement rien des relations publiques. Pourtant, dès les premières lignes de la description, quelque chose s’est passé. J’avais l’impression étrange que quelqu’un venait enfin de mettre des mots sur tout ce qui m’habitait déjà. Comme si cette profession avait toujours existé quelque part en moi, mais que je venais seulement de découvrir son nom.
Les coulisses m’attiraient davantage que les projecteurs
À cette époque, plusieurs de mes amies me répétaient souvent la même chose. « Toi, je te vois à la télévision. » Elles m’imaginaient devant les caméras, derrière un pupitre, à animer, à interviewer ou à présenter les nouvelles. Elles voyaient une femme qui prendrait naturellement la parole devant le public.
Je les écoutais en souriant, mais je savais au fond de moi que ce n’était pas ce qui m’attirait. J’étais beaucoup trop timide.
Ce que je trouvais fascinant n’était pas d’être la personne devant les caméras. C’était tout ce qui se passait avant que le voyant rouge s’allume. Qui réfléchissait au message ? Qui préparait la personne qui allait prendre la parole ? Qui analysait les enjeux ? Qui anticipait les questions difficiles ? Qui décidait du meilleur angle ? Qui bâtissait la stratégie ?
Je découvrais tranquillement que ce qui me passionnait n’était pas la visibilité. C’était l’influence. Je voulais contribuer à faire rayonner les autres. Les aider à trouver les bons mots. Les accompagner dans leurs prises de parole. Leur permettre de communiquer avec justesse, authenticité et crédibilité.
Aujourd’hui encore, je considère que les plus grandes réussites en relations publiques demeurent souvent invisibles. Lorsqu’une communication est fluide, qu’une crise est désamorcée, qu’une organisation inspire confiance ou qu’une dirigeante répond avec assurance aux journalistes, le travail accompli en coulisses passe souvent inaperçu. Pourtant, c’est précisément cette discrétion qui me plaît. Les relations publiques ne consistent pas à occuper toute la place. Elles consistent à permettre aux autres de l’occuper avec confiance.
Une sitcom qui a confirmé mon intuition
Comme bien des personnes de ma génération, je regardais Mad About You avec beaucoup de plaisir. Helen Hunt y incarnait Jamie Buchman, une professionnelle des relations publiques new-yorkaise qui naviguait entre les médias, les événements, les imprévus, les clients et les défis de son quotidien.
À première vue, ce n’était qu’une comédie de situation. Pour moi, c’était bien davantage.
Pour la première fois, je voyais quelqu’un exercer concrètement le métier que je venais tout juste de découvrir dans un bottin universitaire. Je regardais Jamie Buchman réfléchir, conseiller, organiser, négocier, résoudre des problèmes et interagir avec les médias. Je me reconnaissais dans cette façon d’être beaucoup plus que dans les personnages qui occupaient le devant de la scène.
Je me souviens très bien de la réflexion que je me suis faite à l’époque. « C’est exactement ce genre de travail que je voudrais faire. »
Avec le recul, je trouve fascinant de constater qu’une simple série télévisée a pu renforcer une intuition qui venait tout juste de naître. Comme quoi, l’inspiration se cache parfois là où on ne l’attend pas.
Quelques mois plus tard, je faisais mon entrée à l’UQAM, convaincue d’avoir trouvé le bon programme.
Je n’avais toutefois aucune idée que j’étais sur le point de tomber profondément amoureuse d’une profession qui allait définir toute ma vie.
Le premier cours où tout est devenu évident
Je me souviens encore de mon tout premier cours en relations publiques à l’UQAM. Comme la plupart des personnes qui entrent à l’université, je me demandais si j’avais fait le bon choix. Étais-je assez intelligente pour avoir le droit de m’asseoir sur les bancs de classes universitaires ? Avais-je choisi le bon programme ? Est-ce que j’allais réellement aimer ce domaine ? Est-ce que j’avais ma place parmi ces étudiantes et étudiants qui semblaient déjà si passionnés ?
Puis Danielle Maisonneuve est entrée dans la classe.
Les personnes qui ont eu le privilège de suivre ses cours comprendront sans doute ce que je veux dire. Madame Maisonneuve ne se contentait pas d’enseigner une matière. Elle incarnait les relations publiques. Elle nous amenait à réfléchir, à remettre nos certitudes en question, à analyser les organisations autrement. Elle ne formait pas uniquement des personnes étudiantes. Elle formait déjà les professionnelles et les professionnels que nous allions devenir.
Dès les premiers cours, j’ai compris que j’avais trouvé ma place. J’étais fascinée. Chaque théorie ouvrait une nouvelle fenêtre sur la compréhension des organisations, des médias, de la réputation, de l’opinion publique et des comportements humains. Je découvrais que les relations publiques étaient beaucoup plus qu’une fonction de communication. Elles étaient une discipline stratégique, profondément humaine, capable d’influencer la qualité des décisions et la confiance entre une organisation et ses différents publics.
Je ne mémorisais pas la matière pour réussir mes examens. Je cherchais constamment à comprendre comment ces modèles pouvaient s’appliquer dans la réalité. Comment une théorie pouvait aider une dirigeante à mieux communiquer. Comment une analyse pouvait prévenir une crise. Comment une stratégie pouvait rapprocher une organisation de sa communauté.
Avec le recul, je réalise que cette curiosité ne m’a jamais quittée. Encore aujourd’hui, lorsque je découvre un nouveau modèle ou une nouvelle recherche, mon premier réflexe est toujours le même : comment puis-je l’utiliser concrètement pour mieux accompagner ma clientèle ou mieux former mes personnes étudiantes ?
Lire l’actualité autrement
À partir de ce moment, ma relation avec l’information a complètement changé.
Je suis devenue une lectrice assidue du journal LeDevoir. Non pas parce qu’un professeur nous l’imposait, mais parce que je voulais comprendre le monde dans lequel les organisations évoluaient. Chaque matin, je décortiquais les nouvelles avec un regard complètement différent. Je cherchais les enjeux derrière les manchettes. Je m’intéressais autant à ce qui était dit qu’à ce qui ne l’était pas. J’observais les réactions, les stratégies, les prises de position, les silences et les conséquences. Je ne lisais plus l’actualité comme une simple citoyenne. Je la lisais comme une future conseillère en relations publiques.
Pourquoi cette organisation avait-elle choisi cette approche ? Pourquoi cette crise prenait-elle autant d’ampleur ? Pourquoi ce dirigeant inspirait-il confiance alors qu’un autre semblait perdre toute crédibilité malgré un message semblable ? Comment les médias traitaient-ils un même sujet selon les angles retenus ? Quels étaient les intérêts en présence ? Qui étaient les parties prenantes ?
Sans m’en rendre compte, je développais une habitude qui allait définir toute ma carrière : ne jamais me contenter des apparences. Derrière chaque nouvelle, il existe un contexte. Derrière chaque décision, des enjeux. Derrière chaque réaction, des perceptions. Les relations publiques m’ont appris à regarder au-delà des faits pour comprendre les dynamiques humaines qui les expliquent.
Le jour où la théorie est devenue réelle
S’il y a une expérience universitaire qui demeure gravée dans ma mémoire, c’est bien la simulation de conférence de presse organisée chez Hydro-Québec par Steve Flanagan avec son comparse Stéphane Prud’homme.
Jusque-là, les conférences de presse appartenaient aux études de cas, aux lectures et aux discussions en classe. Cette journée-là, elles sont devenues bien réelles. Nous étions plongés dans un environnement professionnel où chaque détail comptait : la préparation des messages, les rôles de chacun, les questions des journalistes, la cohérence des réponses, la gestion de la pression et l’importance de demeurer fidèle à sa stratégie, même lorsque les questions deviennent inconfortables.
Je me souviens être ressortie de cette journée avec une admiration encore plus grande pour la profession. J’avais compris que les relations publiques ne s’improvisaient pas. Elles demandaient une préparation rigoureuse, une excellente capacité d’analyse, beaucoup de jugement et une compréhension profonde des enjeux organisationnels. Derrière chaque conférence de presse réussie se cachent des dizaines d’heures de réflexion, d’anticipation, de préparation et de collaboration.
Cette expérience a profondément influencé ma pratique. Encore aujourd’hui, lorsque je prépare une dirigeante ou un dirigeant à une entrevue ou à une prise de parole publique, je repense souvent à cette journée. Je mesure toute la valeur des simulations. Elles permettent d’apprendre dans un environnement sécuritaire avant que les enjeux deviennent bien réels.
Observer avant d’agir
Un autre souvenir marquant de mes années universitaires est sans contredit la vigie réalisée à l’occasion du passage à l’an 2000.
À l’époque, tout le monde parlait du fameux bogue de l’an 2000. Les organisations se préparaient à un événement sans précédent et les médias suivaient l’évolution de la situation pratiquement minute par minute. Dans notre laboratoire-école à l’UQAM, nous analysions cette couverture médiatique, observions les réactions des organisations, comparions les stratégies de communication et tentions de comprendre les effets des messages diffusés auprès du public.
Cette expérience m’a appris une leçon qui guide encore chacune de mes interventions. Avant de communiquer, il faut comprendre. Avant de prendre position, il faut observer. Avant de proposer une stratégie, il faut analyser.
Une bonne communication ne commence jamais par un message. Elle commence par une écoute attentive de son environnement.
C’est probablement à ce moment-là que je suis véritablement tombée amoureuse des relations publiques. J’y ai découvert une profession où la réflexion précède toujours l’action. Un métier où l’on conseille avant de rédiger, où l’on analyse avant de diffuser et où la qualité des décisions repose souvent sur la qualité des questions que l’on ose poser.
La rencontre qui a façonné ma pratique
Puis est arrivé mon premier stage. Et surtout, Nancy Leggett-Bachand. Il y a des personnes qui enseignent un métier. Et il y a celles qui transmettent une manière de l’exercer.
Nancy a profondément marqué ma carrière parce qu’elle ne m’a jamais considérée comme « la stagiaire ». Dès le départ, elle m’a fait confiance. Elle m’a ouvert les portes de son quotidien professionnel. Elle m’a invitée à ses réunions, à ses rencontres stratégiques, à ses congrès, à ses activités de formation et à ses événements de réseautage. Elle voulait que je voie la profession dans toute sa richesse, bien au-delà des tâches que l’on pouvait confier à une étudiante.
En l’observant, j’ai compris que les meilleures professionnelles et les meilleurs professionnels des relations publiques ne sont pas nécessairement ceux qui parlent le plus. Ce sont souvent ceux qui écoutent le mieux.
Nancy m’a appris que notre crédibilité se construit dans chacune de nos interactions. Que la confiance est notre actif le plus précieux. Qu’il faut préparer chaque rencontre avec sérieux, traiter chaque personne avec respect et demeurer profondément curieuse tout au long de sa carrière.
Elle m’a également transmis une conviction qui m’habite encore aujourd’hui : les compétences techniques sont essentielles, mais elles ne suffisent pas. Les aptitudes ouvrent des portes. Les attitudes déterminent la qualité du parcours qui suivra.
Je lui dois énormément.
Une communauté avant un réseau
C’est également Nancy qui m’a fait découvrir la Société des relations publiques du Québec, devenue aujourd’hui la Société québécoise des professionnel·les en relations publiques.
Elle m’a amenée à participer aux activités de perfectionnement, aux conférences, aux événements de réseautage et aux rencontres de la communauté professionnelle. J’y ai découvert un milieu d’une générosité remarquable, où des professionnelles et professionnels chevronnés prenaient le temps de partager leurs expériences avec la relève.
Avec Pascale et Nancy lors de la cérémonie des prix d’excellence de la Société des relationnistes du Québec en 2006
J’ai rapidement compris qu’une carrière ne se construit jamais seule.
Nous sommes toutes et tous le résultat des personnes qui acceptent de nous transmettre un peu de leur savoir, de leur expérience et parfois même de leur confiance.
Chaque rencontre laisse une trace. Chaque conseil peut transformer une décision. Chaque occasion offerte peut changer une trajectoire.
Lorsque je regarde derrière moi aujourd’hui, je réalise que ma carrière est composée de centaines de petites graines semées par des personnes qui n’imaginaient probablement pas l’impact qu’elles auraient sur mon parcours.
C’est sans doute pour cette raison que j’accorde aujourd’hui autant d’importance à la transmission. Enseigner, accompagner, mentorer ou simplement prendre le temps d’échanger avec une personne qui débute dans la profession est devenu, pour moi, une façon de remercier toutes celles et tous ceux qui ont cru en moi avant même que je sois capable de mesurer mon propre potentiel.
Après tout, c’est ainsi que grandit une profession. Une personne à la fois.
Construire plutôt que simplement occuper un poste
À la fin de mon stage, Nancy m’a offert de poursuivre l’aventure avec l’organisation. Je venais tout juste de terminer mes études et j’avais déjà la chance de vivre une expérience que peu de jeunes professionnelles ont l’occasion de connaître. Il n’existait pas de véritable service des communications au sein de l’organisme. Il fallait le créer.
Avec le recul, je réalise à quel point cette confiance a été déterminante. Nancy ne m’a pas seulement confié un emploi. Elle m’a confié une responsabilité. Elle m’a donné l’espace nécessaire pour réfléchir, bâtir, proposer et expérimenter. Pour une jeune diplômée, c’était un immense privilège.
Je me suis rapidement aperçue que ce qui me stimulait le plus n’était pas simplement d’exécuter des mandats. J’aimais construire. Concevoir une vision. Mettre des processus en place. Développer des outils qui n’existaient pas encore. Faire reconnaître les communications comme une fonction stratégique plutôt qu’un simple service de soutien. Sans le savoir, cette première expérience allait définir une grande partie de ma carrière.
Quelques années plus tard, j’aurai d’ailleurs l’occasion de créer deux autres services de communication dans des organisations complètement différentes. Encore aujourd’hui, bâtir demeure probablement ce qui m’anime le plus. Partir d’une feuille blanche, comprendre les besoins d’une organisation et mettre en place une fonction qui créera de la valeur pendant des années est un défi que je trouve toujours aussi stimulant.
Donner autant que recevoir
Très tôt dans ma carrière, Nancy m’a également fait découvrir une dimension essentielle de notre profession : l’engagement envers sa communauté professionnelle.
C’est grâce à elle que j’ai commencé à fréquenter les activités de la Société des relations publiques du Québec. À l’époque, je découvrais un univers où des professionnelles et professionnels d’expérience prenaient généreusement le temps de partager leurs connaissances avec la relève. Personne n’était obligé de le faire. Pourtant, plusieurs le faisaient avec une bienveillance remarquable.
Je me suis rapidement impliquée.
Rapidement, j’ai eu le privilège de devenir la première éditrice en chef de l’infolettre de la Société, sous la direction éditoriale de Guy Litalien. Guy est une autre personne qui a profondément marqué mon parcours. Son exigence intellectuelle, son sens de la rigueur et son immense respect pour la profession m’ont appris qu’en communication, chaque mot compte. Une phrase bien construite peut clarifier un enjeu. Un mot mal choisi peut créer de la confusion. Cette exigence, je la porte encore aujourd’hui dans chacun des textes que j’écris.
En 2001, j’ai reçu le prix de bénévole de l’année pour cette implication.
Je me souviens encore de la fierté que j’ai ressentie. Non pas parce qu’il s’agissait d’un prix, mais parce que cette reconnaissance provenait de la communauté professionnelle que j’admirais tant. Pour une jeune professionnelle, c’était un immense encouragement. Une façon de me dire : « Continue. Tu es sur la bonne voie. »
Avec le recul, je réalise que chacune de ces personnes a ajouté une pierre à l’édifice. Chacune m’a appris quelque chose que je continue d’appliquer aujourd’hui. Je suis le résultat de cette intelligence collective, de cette générosité et de cette volonté de transmettre qui caractérisent si souvent notre profession.
Une carrière guidée par la curiosité
Depuis ce premier emploi, j’ai eu la chance d’exercer les relations publiques dans des univers extrêmement différents. Le milieu associatif. Les organismes à but non lucratif. Le secteur parapublic. La pratique privée. La philanthropie. Les grandes organisations. Les petites équipes.
Chaque environnement m’a obligée à apprendre un nouveau langage, à comprendre de nouveaux enjeux, à adapter mes approches et à développer de nouvelles compétences. Je n’ai jamais considéré ces changements comme des détours. Au contraire. Ils ont enrichi ma pratique en me rappelant qu’il n’existe pas une seule façon d’exercer les relations publiques.
Les principes demeurent les mêmes. Les contextes changent.
J’ai accompagné des organisations en période de croissance, de transformation, de crise, de repositionnement, de mobilisation, de changement de culture, de lancement, de restructuration ou de développement. Chaque mandat m’a rappelé qu’avant de parler de communication, il faut parler d’humains. Derrière chaque stratégie se trouvent des personnes. Derrière chaque décision, des émotions, des préoccupations, des attentes et des perceptions.
C’est probablement ce qui me passionne encore le plus aujourd’hui.
Les relations publiques sont l’une des rares professions où l’on ne cesse jamais d’apprendre parce que les êtres humains, eux, ne cessent jamais d’évoluer.
Les plus belles leçons ne viennent pas toujours des livres
Lorsque je regarde mon parcours, je pourrais facilement dresser la liste des postes que j’ai occupés, des organisations avec lesquelles j’ai travaillé ou des distinctions que j’ai reçues. Mais ce ne serait pas l’histoire que j’ai envie de raconter.
Ce que je retiens avant tout, ce sont les personnes. Danielle Maisonneuve, qui m’a fait découvrir la profondeur intellectuelle de notre profession. Steve Flanagan et Stéphane Prud’homme, qui m’ont montré ce que signifiait réellement préparer une organisation à prendre la parole publiquement. Nancy Leggett-Bachand, qui m’a appris qu’une carrière se construit autant par les attitudes que par les aptitudes. Guy Litalien, qui m’a transmis l’importance de la rigueur, de l’engagement professionnel et du choix des mots.
Et tellement d’autres personnes qui ont croisé ma route au fil des années. Certaines m’ont transmis des connaissances. D’autres m’ont offert une occasion. Certaines m’ont donné confiance. D’autres m’ont appris en me confrontant. Toutes ont laissé une trace.
Je crois profondément que nous sommes la somme des personnes qui acceptent de partager un peu d’elles-mêmes avec nous.
Transmettre à mon tour
Depuis quelques années, l’enseignement occupe une place grandissante dans ma vie.
Chaque fois que j’entre dans une salle de classe ou que j’anime une formation, je repense souvent à toutes les personnes qui m’ont formée avant moi. Je réalise que je ne transmets pas uniquement des modèles théoriques ou des outils pratiques. Je transmets aussi un héritage.
Lorsque je parle de réputation, de stratégie, de communication de crise ou de relations avec les médias, il y a toujours un peu de Danielle, de Steve, de Stéphane, de Nancy, de Guy et de toutes les personnes qui ont contribué, chacune à leur manière, à façonner ma pratique.
J’espère sincèrement que les personnes qui assistent à mes cours ou à mes conférences repartiront avec plus que de nouvelles connaissances. J’espère qu’elles développeront cette même curiosité qui m’habite depuis mes débuts. Cette envie de toujours comprendre avant d’agir. Cette conviction que les relations publiques ne servent pas uniquement à communiquer, mais à créer des relations durables fondées sur la confiance.
Si, au fil de ma carrière, je réussis à semer chez d’autres quelques-unes des graines que l’on a semées chez moi, alors j’aurai le sentiment d’avoir rendu à cette profession une petite partie de tout ce qu’elle m’a offert.
Une vocation, tout simplement
Lorsque je repense à cette jeune fille de 17 ans assise devant un énorme bottin universitaire, un crayon à la main, je souris. Elle croyait être en train de choisir un programme. En réalité, elle choisissait une façon de penser. Une façon d’écouter. Une façon d’observer. Une façon d’accompagner les organisations dans leurs plus grands défis, mais surtout les personnes qui les composent.
Les relations publiques m’ont permis de conjuguer tout ce que j’aimais déjà : l’écriture, l’analyse, les médias, les relations humaines, la stratégie, la psychologie, la créativité et l’envie de contribuer positivement aux organisations.
Près de trente ans plus tard, ma passion est toujours intacte. Je continue d’apprendre. Je continue de lire. Je continue d’observer. Je continue de remettre mes idées à l’épreuve. Et je continue d’être profondément reconnaissante envers toutes les personnes qui ont pris le temps de m’accompagner à un moment ou à un autre de ma carrière.
En regardant ma fille réfléchir à son propre avenir, je mesure toute la chance que j’ai eue. Je lui souhaite de trouver, elle aussi, ce sentiment si précieux d’être exactement à sa place. D’exercer un métier qui lui donnera envie de continuer à apprendre toute sa vie. Un métier qui la stimulera autant dans les bons jours que dans les plus difficiles.
Parce qu’au fond, c’est peut-être ça, le plus beau privilège d’une carrière. Trouver sa voie. J’ai trouvé la mienne. Et je ne me suis jamais lassée de l’emprunter.
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Guyane Perron, PRP, est stratège en communication et relations publiques et fondatrice de Hiatus stratégie. Elle accompagne les organisations publiques, parapubliques, philanthropiques, communautaires et privées dans leurs enjeux de réputation, de mobilisation, de transformation et de communication stratégique. Pour la contacter, c’est ici.
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