Plus j'enseigne, plus je réalise tout ce qu'il me reste à apprendre
Août 2026 - Depuis quelques jours, mon automne occupe déjà une grande partie de mes pensées. Chaque été, le même rituel recommence. Pendant que plusieurs profitent encore des vacances, je me retrouve déjà entourée de livres, d'articles scientifiques, de notes griffonnées et de présentations à peaufiner. Les formations prennent forme, les exercices évoluent et les idées se bousculent. J'aime profondément cette période de création. Elle me rappelle, année après année, que l'on peut consacrer toute une carrière à un métier tout en ayant encore énormément à apprendre. C'est paradoxal. Plus les organisations me sollicitent pour transmettre mon expertise, plus je prends conscience de tout ce que je continue d'apprendre moi-même.
Chaque fois que j'accepte de me présenter devant un groupe, je me demande ce que je pourrai réellement apporter. Je pense aux personnes qui seront devant moi. À leurs attentes. À leur réalité. À leur expérience. J'espère leur offrir quelque chose qui survivra au-delà de la journée, une idée qui reviendra au moment opportun, une façon différente d'aborder une situation, une question qui continuera de les accompagner longtemps après la formation.
Un privilège qui s'accompagne d'une responsabilité
Plus les années passent, plus je ressens le poids — dans le plus beau sens du terme — de cette responsabilité. Une organisation m'ouvre ses portes. Une équipe accepte de suspendre son quotidien pendant quelques heures. Des professionnelles et professionnels choisissent de m'accorder leur confiance. Je mesure la valeur de ce temps qu'on me confie. Cette pensée m'habite bien davantage aujourd'hui qu'à mes débuts.
Je pourrais voir une formation comme un simple mandat. J'y vois plutôt une rencontre. Une rencontre avec des personnes qui vivent des enjeux bien réels, qui cherchent des pistes de réflexion, qui traversent parfois des transformations importantes. À partir de ce moment-là, mon rôle dépasse largement la transmission de connaissances. Il consiste aussi à créer un climat où chacune et chacun sent que sa propre expérience enrichit la discussion.
Les relations publiques m'ont appris que les réponses arrivent rarement en premier
Après plus de vingt-cinq ans en communication stratégique et en relations publiques, une certitude s'est tranquillement installée : les plus grandes avancées commencent presque toujours par une bonne question. Notre profession aime les plans, les stratégies, les indicateurs, les modèles. Ils sont essentiels. Ils donnent une direction. Ils structurent la réflexion.
Puis arrivent les êtres humains.
Avec leurs histoires. Leurs blessures. Leur ego. Leurs ambitions. Leur fatigue. Leur enthousiasme. Leur besoin d'être entendus.
Soudain, tout ce qui semblait simple retrouve sa véritable nature : la complexité.
C'est probablement pour cette raison que je suis tombée amoureuse des relations publiques. Derrière chaque stratégie se cache une conversation. Derrière chaque conversation, une relation. Et derrière chaque relation, une personne qui essaie, elle aussi, de donner un sens à ce qu'elle vit.
C'est aussi ce qui rend notre profession si exigeante.
Une stratégie brillante rencontre une culture organisationnelle qui résiste. Une communication parfaitement rédigée se heurte à des émotions que personne n'avait anticipées. Une décision objectivement logique provoque une levée de boucliers. À ce moment-là, les relations publiques cessent d'être un exercice de communication. Elles deviennent un exercice de compréhension.
C'est probablement ce qui me fascine encore autant.
J'enseigne surtout ce que d'autres m'ont transmis
Lorsque je prépare une formation, je réalise à quel point peu d'idées m'appartiennent réellement. Derrière chacune d'elles, il y a un souvenir. Une collègue qui m'a fait voir un problème autrement. Une cliente qui m'a confrontée à une réalité que je n'avais jamais envisagée. Une dirigeante qui m'a accordé sa confiance. Une étudiante qui a posé LA question qui m'a obligée à revoir complètement une théorie que je croyais maîtriser.
Ma carrière ressemble beaucoup à une immense conversation qui dure depuis vingt-cinq ans.
J'ai souvent l'impression que ma carrière appartient un peu à toutes les personnes qui l'ont croisée. Celles qui m'ont fait confiance avant même que je sois prête. Celles qui m'ont donné une chance. Celles qui m'ont confrontée. Celles qui m'ont appris, parfois sans même s'en rendre compte. Lorsque j'enseigne, je ne transmets jamais uniquement mon expérience. Je transmets aussi une partie de la leur. Chaque fois que j'entre dans une salle, elles entrent un peu avec moi.
Des occasions. Des conseils. De la confiance. De la générosité. Des critiques aussi. Des échecs qui m'ont fait grandir beaucoup plus vite que certains succès. Avec le temps, un besoin s'est installé presque naturellement : celui de remettre en circulation tout ce que d'autres ont déposé sur mon chemin.
Je crois que c'est la véritable raison pour laquelle j'aime autant enseigner.
Plus j'avance, plus l'humilité prend de la place
L'expérience produit un phénomène étrange. Au début d'une carrière, on cherche à prouver ce que l'on sait. Quelques décennies plus tard, on prend surtout conscience de l'immensité de ce qu'il reste à comprendre. Cette idée ne diminue en rien la valeur de l'expérience. Au contraire, elle lui donne toute sa profondeur.
Avant chacune de mes formations, je ressens encore une légère fébrilité. Elle ne vient plus de la peur de performer. Elle vient du désir d'être à la hauteur de la confiance que l'on m'accorde. Elle vient de cette conviction qu'une salle remplie d'intelligences, de parcours et de sensibilités différentes transformera inévitablement ma propre façon de voir les choses.
Et, très honnêtement, j'espère que ce sentiment ne me quittera jamais.
Voilà pourquoi j'aime autant ce métier
Les relations publiques m'ont offert une carrière extraordinaire. Elles m'ont permis d'entrer dans des organisations, d'accompagner des dirigeantes et dirigeants, de participer à des transformations, de vivre des crises comme des réussites. Elles m'ont surtout appris une chose essentielle : notre métier ne consiste pas à avoir réponse à tout. Il consiste à demeurer suffisamment curieux pour continuer à poser les bonnes questions.
Alors, pendant que je prépare mon automne, je réalise que je construis beaucoup plus que des formations.
Je prépare des conversations.
Des rencontres.
Des espaces où, pendant quelques heures, nous prendrons le temps de réfléchir ensemble à ce qui permet réellement de créer de la confiance, de mobiliser et de communiquer avec justesse.
Et si je pouvais choisir une seule chose que les participantes et participants retiennent de mes formations, ce ne serait ni un modèle, ni une méthode, ni une théorie.
J'aimerais qu'elles et ils repartent avec davantage de curiosité qu'en arrivant.
Parce que les meilleures stratégies naissent rarement de la certitude.
Elles prennent forme lorsque l'on accepte de regarder une situation autrement, d'écouter avant de convaincre et de continuer à apprendre, peu importe le nombre d'années d'expérience que l'on porte derrière soi.
Au fond, c'est peut-être la plus belle leçon que les relations publiques m'ont apprise : plus j'avance, plus j'ai envie d'apprendre.
—
Guyane Perron, PRP, est stratège en communication et relations publiques et fondatrice de Hiatus stratégie. Elle accompagne les organisations publiques, parapubliques, philanthropiques, communautaires et privées dans leurs enjeux de réputation, de mobilisation, de transformation et de communication stratégique. Pour la contacter, c’est ici.
Domaines d’expertise :
Communication stratégique | Relations publiques | Réputation | Mobilisation des parties prenantes | Communications internes | Gestion du changement |