L’évaluation : ce miroir parfois fragile de la vie professionnelle

Cette semaine, mes personnes étudiantes rempliront l’évaluation de mi-session de mon cours à l’UQAM. C’est un moment particulier pour moi. Parce qu’il me ramène à une longue histoire avec… les évaluations professionnelles.

Pendant une grande partie de ma carrière, ces évaluations étaient simples à lire. Les commentaires étaient élogieux. On soulignait l’engagement, la rigueur, la capacité à porter des projets ambitieux. Je ressortais de ces rencontres avec l’impression que l’énergie investie dans mon travail trouvait son écho.

Puis, à mesure que j’ai gravi des échelons, quelque chose s’est transformé. Du jour au lendemain — ou presque — je ne correspondais plus tout à fait aux « standards attendus ». Pourtant, ma perception était exactement l’inverse : plus j’avançais dans ma carrière, plus je m’investissais. Plus d’heures, plus d’intensité, plus de responsabilités assumées.

Un jour, une phrase m’a été lancée en pleine évaluation : « Je ne te fais pas confiance. »

Ces mots-là, quand on est une personne profondément engagée dans son travail, peuvent ébranler bien plus qu’on ne l’imagine.

Les évaluations ont ce pouvoir étrange : elles peuvent soutenir une trajectoire… ou fissurer l’estime de soi.

Parce qu’elles reposent souvent sur quelques dimensions professionnelles très précises : résultats, style de gestion, communication, performance mesurable. Elles captent toutefois rarement quelque chose de beaucoup plus difficile à quantifier : la posture professionnelle.

Cette posture, c’est ce qui guide l’être derrière le rôle.

  • La manière de porter une responsabilité;

  • La façon d’assumer des décisions imparfaites;

  • La capacité de tenir debout dans l’incertitude;

  • Le souci constant de faire mieux que ce qui est demandé.

Dans les métiers des relations publiques, cette dimension est omniprésente. Les personnes qui travaillent dans ce domaine savent qu’il s’agit d’un métier d’engagement total. Nous sommes rarement des personnes qui font simplement « nos heures ». Les crises n’attendent pas le lundi matin. Les enjeux de réputation ne respectent pas les horaires. Les projets demandent souvent plus que le cadre prévu. 

Et soyons honnêtes : dans ce métier, nous sommes très souvent des overachievers : nous ne nous contentons pas du minimum. Nous ne comptons pas toujours les heures. Nous disons rarement non. Nous portons des organisations, des causes, des missions qui nous dépassent.

C’est aussi ce qui rend l’évaluation professionnelle parfois si ingrate. Parce que juger un travail aussi investi avec quelques indicateurs ou quelques perceptions peut créer un décalage immense entre l’intention et le verdict. Parfois, ce qui manque n’est pas la rigueur du processus… mais la bienveillance dans la lecture de l’engagement.

Et pourtant, malgré tout cela, je demeure convaincue que les évaluations sont nécessaires. Un mal nécessaire, peut-être. Mais un outil indispensable pour apprendre.

C’est précisément dans cet esprit que j’accueille l’évaluation que mes personnes étudiantes rempliront cette semaine. Être évaluée au début d’une nouvelle aventure — celle de chargée de cours — est une occasion précieuse. Le regard des personnes étudiantes permet souvent de voir ce que l’on ne perçoit plus soi-même : la clarté, le rythme, l’impact, la transmission. 

Mais je ne vous cacherai pas une chose. Pour les personnes très exigeantes envers elles-mêmes, comme je le suis, le jugement peut ressembler à une glace fragile. Une surface brillante, mais qui peut se fissurer rapidement si la critique est mal formulée ou mal reçue.

Avec le temps, j’ai appris quelque chose d’important – et je travaille toujours là-dessus, tous les jours… Une évaluation ne définit jamais entièrement une personne. Elle n’est qu’une photographie partielle d’un moment professionnel.

La vraie mesure d’une carrière se construit ailleurs : dans la constance de l’engagement, dans la capacité d’apprendre, dans la manière dont on continue d’avancer même lorsque le miroir renvoie une image imparfaite. Et peut-être que c’est là le véritable rôle des évaluations. Non pas juger définitivement.

Mais ouvrir une conversation honnête sur la manière de devenir meilleur.e.

Parce qu’au fond, dans les métiers des relations publiques comme dans l’enseignement, une chose demeure vraie : nous travaillons toutes et tous avec ce que nous sommes. Et cela mérite, au minimum, un regard lucide… et profondément humain.

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Guyane Perron, PRP, est stratège en communication et relations publiques et fondatrice de Hiatus stratégie. Elle accompagne les organisations publiques, parapubliques, philanthropiques, communautaires et privées dans leurs enjeux de réputation, de mobilisation, de transformation et de communication stratégique.

Domaines d'expertise :

Communication stratégique | Relations publiques | Réputation | Mobilisation des parties prenantes | Communications internes | Gestion du changement | Communication philanthropique

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