Les compétences ou être compétent
Février 2026 - On a rarement autant parlé de compétences. Et pourtant, on n’a peut-être jamais été aussi incertain·es de ce que ça veut vraiment dire « être compétent·e ».
La lecture de l’article de Gestion (hiver 2026) sur la nouvelle ère de l’apprentissage des compétences met des mots très justes sur ce moment charnière. On y décrit un basculement majeur : on passe d’un marché du travail structuré par les diplômes à un marché structuré par les compétences démontrables. Les chiffres sont éloquents : la part des entreprises qui embauchent d’abord sur la base des habiletés est passée de 40 % en 2020 à 60 % en 2024.
L’article montre aussi l’envers du décor : explosion des microformations, des programmes courts, des badges et des plateformes… et, en parallèle, une difficulté croissante pour les employeurs de distinguer ce qui forme réellement de ce qui signale simplement.
Comme formatrice en formation continue à l’UQAM, je me reconnais beaucoup dans ce portrait.
Sur le terrain, je vois des personnes qui ne viennent pas chercher « une ligne de plus sur leur CV ». Elles viennent chercher des clés pour mieux décider, mieux arbitrer, mieux agir dans des contextes professionnels complexes et imparfaits.
Et c’est là, à mon sens, que l’enjeu dépasse largement la simple opposition diplôme vs microcertification.
Une organisation manque rarement de connaissances. Elle manque surtout de capacité de jugement dans des situations réelles. De cette compétence transversale qui permet de naviguer entre des priorités contradictoires, des contraintes, des zones grises.
Ce que je constate, c’est que la vraie valeur d’une formation ne tient pas tant à son format ou à son étiquette, mais à sa capacité de mettre en tension le réel, de faire travailler les écarts entre ce qu’on croit savoir et ce qu’il faut réellement faire une fois dans l’action.
Au fond, la formation continue n’est pas en train de devenir un supermarché de compétences. Elle est en train de devenir un lieu stratégique de traduction entre ce que les organisations pensent vouloir… et ce que le travail exige réellement.
Et peut-être que la vraie question, aujourd’hui, n’est pas :
« Qu’est-ce que j’ajoute à mon CV ? »
Mais plutôt :
« Qu’est-ce que je suis réellement capable de faire quand ça devient complexe, imparfait, humain ? »
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Guyane Perron, PRP, est stratège en communication et relations publiques et fondatrice de Hiatus stratégie. Elle accompagne les organisations publiques, parapubliques, philanthropiques, communautaires et privées dans leurs enjeux de réputation, de mobilisation, de transformation et de communication stratégique.
Domaines d'expertise :
Communication stratégique | Relations publiques | Réputation | Mobilisation des parties prenantes | Communications internes | Gestion du changement | Communication philanthropique