L’audace a ses raisons

Octobre 2026 - Je peux avoir hâte de donner une conférence et trouver ma semaine vertigineuse. Être pleinement à ma place devant un groupe, puis chercher mes repères devant une décision qui engage la suite de mon entreprise. Les deux réalités cohabitent très bien. Avec les années, j’apprends à reconnaître la différence entre maîtriser mon métier et savoir exactement où il me mènera.

En devenant entrepreneure, j’ai pris la responsabilité de cette direction. Choisir mes projets, développer mes services, proposer mon expertise, déterminer où investir mon temps : tout cela porte désormais ma signature. Certains choix m’enthousiasment immédiatement. D’autres me demandent de respirer un bon coup, d’examiner les conséquences et de décider pendant que les questions sont encore ouvertes.

L’ambition rencontre la vraie vie

Sur papier, développer son entreprise peut avoir l’air assez ordonné. On définit une offre, on trouve sa clientèle, on bâtit des collaborations. Dans la vraie vie, une occasion arrive pendant une période exigeante, une réponse tarde, un projet change de forme. Il faut composer avec les engagements déjà pris, l’énergie disponible et cette ambition qui continue de pousser.

La vie personnelle suit aussi son cours. Actuellement, pour moi, c’est m’installer dans une nouvelle ville, reconstruire mes habitudes, rencontrer de nouvelles personnes : chaque changement demande une part d’attention. J’avance avec tout cela en même temps. Le courage se pratique au milieu du quotidien, entre un contenu de formation à terminer, une boîte à faire et à défaire et une décision à prendre.

C’est dans ces périodes que je mesure ce que signifie se diriger soi-même. Faire la différence entre une occasion stimulante et une dispersion coûteuse. Reconnaître une peur qui mérite d’être écoutée, puis déterminer la place qu’elle prendra dans ma décision. Choisir un rythme qui permet de tenir ses engagements et de continuer à construire.

Quand mon nom est au bas de la proposition

J’envoie des courriels et des messages LinkedIn pour amorcer des conversations professionnelles. Je m’intéresse à une organisation, je réfléchis à sa réalité, je propose une contribution. Derrière ces quelques lignes, il y a mon expérience, mon regard et une idée de ce que nous pourrions accomplir ensemble. Puis vient l’attente.

Une réponse peut mener à une rencontre en vidéoconférence et ouvrir une piste enthousiasmante. Une autre démarche reste immobile. Je retourne alors à mes mots : qu’aurais-je pu préciser, mieux illustrer, présenter autrement? Cette capacité à remettre mon approche en question fait partie de mon métier. Elle exige aussi une certaine douceur quand le sujet de l’analyse, c’est moi.

La vulnérabilité se trouve là. Je peux défendre une recommandation avec assurance et ressentir vivement l’incertitude qui entoure la suite. L’angoisse peut venir toucher quelque chose de concret : mes projets, mes ressources, ce que je souhaite bâtir. Il faut ensuite revenir aux faits et choisir le prochain geste.

Prendre de l’envergure

Devenir formatrice, enseigner à l’université, présenter une conférence devant mes pairs : ces choix donnent de l’envergure à mon parcours. Ils me permettent de transmettre ce que des années de pratique ont développé et de soumettre mes convictions à d’autres regards. J’aime cette exigence. Devant un groupe, j’ai hâte que les échanges commencent.

En amont, chaque engagement demande une décision. Accepter de consacrer du temps à une nouvelle proposition. Affirmer un point de vue assez clairement pour qu’il puisse être discuté. Assumer la responsabilité de ce que j’apporte. Mon expérience devient alors un appui pour avancer vers un rôle plus large.

C’est aussi une façon de traverser certains plafonds de verre. Rendre son expertise visible, prendre position, accéder à des espaces où sa contribution peut peser davantage. Pour une femme qui porte sa propre entreprise, la question touche autant le développement des affaires que l’influence. Il faut faire connaître son travail et faire reconnaître la portée de son jugement.

Garder son jugement quand la pression monte

On me rappelle parfois que les gros joueurs occupent déjà le terrain. Je comprends la force d’un nom établi, d’une équipe importante, de relations entretenues depuis longtemps. Je connais aussi la valeur d’un accompagnement direct par une professionnelle chevronnée. Mon travail consiste à rendre cette valeur concrète, puis à choisir les endroits où elle pourra compter.

Le défi, lorsque la pression monte, c’est de garder ce discernement. Une possibilité de mandat peut sembler très attirante pendant une période incertaine. Il faut pourtant examiner les attentes, les moyens, la qualité de la relation et la place réelle accordée à l’expertise. Foncer engage aussi la capacité de choisir ce qu’on accepte de porter.

J’y vois une forme très concrète de courage managérial. Celui de nommer une condition essentielle avant de s’engager. De soutenir une recommandation lorsqu’une solution plus facile séduit autour de soi. De revoir une décision lorsque les faits évoluent. Ces gestes demandent parfois plus d’aplomb qu’une grande annonce.

Construire quelque chose qui tient

À mesure que mon entreprise évolue, je comprends mieux ce que je cherche à bâtir. Une pratique où mon expérience sert pleinement. Des collaborations qui permettent un travail solide. Une voix assez claire pour contribuer aux discussions qui comptent dans mon métier. Cette direction m’aide à décider lorsque plusieurs chemins s’ouvrent à la fois.

L’adversité vient éprouver cette direction. Elle oblige à regarder ses ressources, à demander du soutien, à modifier un échéancier ou à revoir une approche. Certains jours, le mouvement est ample; d’autres, il tient dans une décision bien prise. J’accorde de plus en plus de valeur à cette continuité.

Foncer, pour moi, engage davantage que l’élan du départ. C’est répondre de ses choix pendant que les résultats prennent forme, protéger ce qui permet de durer et continuer à donner de l’espace à son ambition. Je veux pouvoir regarder ce que je construis et y reconnaître mon jugement, mes convictions, ma manière de travailler. C’est ce qui me donne envie de poursuivre, tous les jours.

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Guyane Perron, PRP, est stratège en communication et relations publiques et fondatrice de Hiatus stratégie. Elle accompagne les organisations publiques, parapubliques, philanthropiques, communautaires et privées dans leurs enjeux de réputation, de mobilisation, de transformation et de communication stratégique. Pour la contacter, c’est ici.

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